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Fontes libres

Vers un nouveau paradigme

Le monde de la typographie vit actuellement un développement si important que des dizaines de fontes apparaissent chaque jour et sont mises à disposition immédiatement sur divers sites web. Il faut prendre ce constat comme l'indice d'un engouement grandissant pour la création de fontes. On dénombre ainsi aisément plusieurs dizaines de milliers de fontes disponibles dans des styles allant du plus classique au plus original, en passant par le style gothique, le style manuscrit et bien d'autres. Pour autant, la situation est loin d'être idéale sur bien des points.

L'expérience montre que le besoin reste présent pour des raisons qui ne sont d'ailleurs pas toujours sans importance. Le souhait de créer une forme plus belle pour une oeuvre artistique le dispute à la nécessité d'adapter la forme d'un caractère aux besoins d'une langue africaine par exemple.

La modification, la recréation, la récréation1 montrent à quel point la création de fontes est toujours d'actualité. Bien des graphistes souffrent de ne pas pouvoir et/ou de ne pas savoir manipuler les caractères comme ils le souhaitent.

La typographie est au demeurant un art très empreint de techniques avancées qui permettent à celui qui le maîtrise un tant soit peu de résoudre à son niveau bon nombre de problèmes comme ceux évoqués ci-dessous.

Combler l'absence

Bon nombre de fontes ne disposent pas de tous les caractères voulus ni des variantes souhaitées. Il peut alors s'avérer intéressant pour un graphiste d'accéder au dessin même du caractère, de le modifier, de le travailler afin de lui offrir des caractéristiques supplémentaires puis de le rendre accessible non seulement à lui-même, mais aussi à toute une communauté de graphistes qui pourrait en bénéficier aussi.

Il faut aussi souligner le cas très répandu de nombreux pays, d'Afrique ou d'ailleurs (c'est même parfois le cas pour le français ou d'autres langues européennes dans une certaine mesure) où la multiplicité des langues et l'absence de caractères associés à certains signes et donc à certains sons constituent une barrière empêchant les locuteurs de ces langues d'accéder à l'information sous forme électronique, ceci limitant grandement - souvent jusqu'à la paralysie - l'expression culturelle, les échanges et les efforts d'éducation.

Permettre l'intercompréhension

Les caractères propres à certaines fontes sont absents d'autres fontes entravant la compréhension d'un texte ouvert dans un autre environnement. Ce qui fonctionne bien pour l'émetteur du message devient incompréhensible pour son destinataire. Nous sommes loin des considérations visuelles et graphiques, le fond même du message est inaccessible. C'est surtout le cas des fontes créées par certains amateurs pour un besoin précis sans prise en compte des enjeux de l'interopérabilité et la pérennité de leur travail (comme le soin de faire conformer leur fonte au standard Unicode).

Personnaliser

Pour la réalisation d'une œuvre originale ou pour faire ressortir la personnalité d'un commanditaire, il peut être souhaitable de transformer une fonte existante. C'est souvent le cas dans la réalisation de titrages ou de logos où une variante d'une fonte existante est utilisée.

Pour des novices, il est, dans un premier temps, plus simple de partir de fontes existantes et de se familiariser avec les bons usages avant d'en venir à la création à proprement parler.

Renforcer sa création plastique

Dans leur diversité, les caractères sont également utilisés dans des affiches ou autres créations plus graphiques et ponctuelles, contenant moins d'information. Dans ce cas, les qualités plastiques l'emportent sur la contrainte de lisibilité. Cependant, il est utile de créer une fonte à partir de lettres ponctuelles pour la ré-exploiter ultérieurement ou dans d'autres contextes (via un enrichissement fonctionnel des variations contextuelles). De nombreux mouvements artistiques des années 20 ou 60 ont largement abordé ces problèmes qui perdurent actuellement dans les pratiques quotidiennes de nombreux graphistes.

Satisfaire son désir créatif

La modification ou la création de caractères est en elle-même un exercice amusant pour le graphiste qui peut le conduire à la création d'une fonte (et donc l'amenant à devenir fondeur lui-même). Cette nouvelle fonte ne manquera pas d'atouts personnels et ajoutera un vent de fantaisie et d'originalité comme celui qui souffle actuellement sur le petit monde de la typographique.

Quelles exigences pour la création de fontes ?

Si vous voulez vous exercer à créer ou à modifier une fonte, et si vous êtes vraiment motivés, alors sachez que ce capital de motivation représente une des choses essentielles dans cette aventure. Compte tenu du temps nécessaire à la production d'une fonte, et du nombre de retouches parfois décourageantes, c'est votre envie d'aller jusqu'au bout qui vous donnera l'énergie indispensable. Cultivez donc cette envie autant que vous pourrez mais apprenez aussi à considérer un certain nombre de choses selon le type de support d'édition :

Viser la lisibilité

La recherche de lisibilité constitue une bonne raison pour créer des fontes. Si la lisibilité peut être appréhendée de différentes manières, elle vise en effet, dans tous les cas, à ce que la facilité et le rythme de lecture ne soient pas entravés par la composition :

  • Le type de texte à composer (selon qu'il s'agisse de titres, de logotypes, de textes courants) induit un type de fontes ;
  • L'allure générale du texte (appelée encore gris typographique*) devrait être homogène ce qui n'est pas toujours le cas, selon que l'on fasse varier la force* du corps (ou taille du texte) ou la langue du document. Aussi une fonte donnant un rendu correct dans une langue ne le donnera pas nécessairement dans une autre au vu des spécificités (taux d'exploitation des voyelles, ascendantes, descendantes, majuscules, espaces et blancs...) ;
  • Changement de média : toutes les typos et toutes les fontes ne s'adaptent pas toujours à tous les médias. L'impression papier est plus précise et régulière qu'un affichage-écran. Il appartient au créateur de la fonte de définir la relation entre les deux (optimisation écran ou hinting*), et cela n'est pas toujours fait. Les résultats de certains outils automatiques peuvent apporter un résultat correct mais qui reste insuffisant.

Forger une identité visuelle comme débouché typographique

Il s'agit à l'heure actuelle d'un domaine très porteur. Un texte composé dans telle ou telle typo ne donnera en effet pas la même impression au lecteur. Cette impression est bien sûr aussi dépendante de la culture du lecteur, mais du point de vue du graphiste, plusieurs points peuvent justifier la création typographique :

  • le besoin de se démarquer et de créer un caractère facilement reconnaissable. Il suffit de penser à la plupart des grandes marques, elles ont souvent une typo qui leur est spécifique et créée pour le besoin : Renault, Pepsi... dans ce cas, la typo sera souvent utilisée sur des textes courts et écrits en corps large. Plus récemment, il faut souligner les efforts de plusieurs projets communautaires du logiciel libre qui se sont doté d'une fonte libre spécifique - par exemple Ubuntu2 , Fedora3 , OpenSuse et GNOME4 - pour mieux véhiculer leur identité visuelle originale mais en s'inscrivant explicitement dans une approche collaborative afin de permettre à d'autres graphistes de participer au projet et à autoriser des déclinaisons de cette identité par les sous-projets de ces communautés.
  • le besoin de donner une impression globale bien spécifique au document, en particulier lorsque le texte est long. Cette stratégie est très présente dans le monde de l'édition (journaux, livres, magazines) qui s'est largement engouffré dans cette voie au cours des 150 dernières années. Dans ce cas, le travail doit plutôt se focaliser sur du texte composé en petits corps, avec une attention toute particulière portée aux détails et aux blancs.

Avoir une bonne culture générale

Développer une identité visuelle ne suffit pas toujours. Il faut souvent que cette identité soit adaptée au contenu (émetteur, graphiste ou client) et l'interprétation qui peut en découler (récepteur, lecteur). Les problèmes culturels sont évidemment les moins quantifiables et les critères sont ici nombreux et subjectifs. Pour aider à déterminer les critères esthétiques d'une composition, les systèmes de classification (Thibaudeau, Vox, Codex 1980, ou autres) peuvent évidemment nous servir. Ici, l'expérience, l'analyse de documents et de fontes existantes ainsi que la culture générale sont les meilleures armes pour dénicher les meilleures corrélations culturelles.

Éviter le gaspillage

À ces quelques points fondamentaux, il est possible d'ajouter un autre qui a toujours été présent, mais pas nécessairement autant revendiqué : la chasse au gaspillage.

La nécessité de réduire les coûts de production autant que les soucis écologiques tendent à mettre en évidence le taux de couverture. Ce taux indique le pourcentage de papier couvert par de l'encre, le but étant d'avoir le taux le plus bas pour une lisibilité identique, soit un maximum de texte avec le minimum d'encre. On pourra alors aborder les fontes selon plusieurs critères (chasse, lisibilité à petit corps et taille d’œil, graisse(s), existence de condensé ou de versions light...). Ecofont est un exemple qui a poussé cette logique comme critère fondamental permettant d'économiser 20% d'encre dans des corps de textes courants (inférieur à 13 pts). Cet exemple est révélateur d'une sécularisation du monde typographique, ce dernier tendant désormais à inclure dans ses pratiques des motivations très largement extra-typographiques.

  1. SUSCA, 2009^
  2. Projet de fonte libre ubuntu - http://font.ubuntu.com^
  3. Project de fonte libre Fedora - http://fedoraproject.org/wiki/Design/Fedora_Branding_Fonts^
  4. Projet de fonte libre GNOME - http://live.gnome.org/CantarellFonts^

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