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Guide du SIG libre

La révolution OpenStreetMap dans le champ de la géomatique au Nord et au Sud

Projet Espace OpenStreetMap Francophone

v1.0, 18/12/2014

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Ce chapitre montre comment le projet OpenStreetMap (OSM), de par sa solution technique hébergée et opérationnelle, ses modes de faire cartographiques et sa dynamique communautaire, il constitue un nouveau paradigme qui accompagne et accélère la mutation du système géomatique vers un ensemble hybride alliant spécialistes et non-spécialistes dans la co-création et la co-mise à jour de l'Information Géographique (IG) aussi bien en temps normal qu'en temps de crise. Il explique également comment le projet OSM répond de façon autonome au Nord et au Sud au double défi de la mise en place d’une donnée géographique universelle cohérente d’un point de vie sémantique et de sa constante mise à jour.


Le système géomatique du "Nord" entre maintien des traditions et la révolution de l'opendata et de la cartographie 2.0


Au Nord, les instituts géographiques nationaux continuent à produire des référentiels de base à grande échelle et de jeux de données thématiques consolidés à l'échelle nationale, en plus de produits comme les cartes imprimées. La donnée géographique créée se doit d'être complète et homogène pour les thématiques qu'elle décrit et ses échelles de résolution, mais présente souvent des inégalités de mise à jour selon les régions. Typiquement, la résolution est moindre que celle du cadastre et ne comprend pas des thématiques très fines comme par exemple les commerces de proximité. Deux modèles économiques principaux organisent ce type de structure. La France fournit un exemple d'un premier modèle d'organisation pour ces institutions qui ne sont alors financées qu'en partie par les Etats dont elles dépendent et doivent compléter leur budget par la revente de produits, que cela soit la donnée de base ou les produits dérivés (analyses, cartes...). De fait, en dehors de certaines couches agrégées, la donnée de base n'est pas libre et s'acquiert souvent au prorata de la surface avec des contraintes de réutilisation. Le monde anglo-saxon présente une autre philosophie basée sur le libre accès des citoyens aux données de l'Etat versées dans le domaine publique et n'astreint donc pas ses structures étatiques (notamment ses instituts géographiques nationaux) au recouvrement partiel de leurs frais de fonctionnement par la vente de données ; on notera que la qualité et précision des référentiels de base de ces pays sont très en deçà du RGE français qui constitue un envers du modèle économique canadien ou des Etats-Unis. Le Royaume-Uni constitue depuis peu un modèle intermédiaire.


En dehors des instituts géographiques, les collectivités locales sont également créatrices de données géographiques sur leur territoire (de la commune aux régions en France, en passant par les départements et les Etablissements Publics de Coopération Intercommunale - EPCI), dans des thématiques en lien direct avec leurs champs de responsabilités, mais à des niveaux de compétences et d'actions très variables selon l'engagement et l'expérience de ces structures dans la géomatique. Le partage de données se fait majoritairement dans le cadre d'accord bipartite via des conventions d'échange, sans qu'il y ait pendant longtemps instauration de plates-formes mutuelles à l'échelle nationale, dont l'émergence est récente. Dans la sphère du privé, de nombreux acteurs créent des données pour le compte d'institutions (qui en conservent le copyright) ou d'entreprises (celles-ci conservant les droits) et les données ne sont pour la plus grande part - évidemment - ni libres ni même accessibles. Loin qu'il y ait des couches unifiées entre acteurs institutionnels, publics ou privés, certains jeux de données existent parfois en de nombreux doublons lorsqu'ils possèdent une valeur commerciale. Les bases adresses en sont l'exemple le plus poussé : il y en a environ une dizaine en France et La Poste en compte au moins trois distinctes.


Il convient tout de même de nuancer ce rapide portrait des acteurs de la géomatique classique au Nord en présentant les approches états-uniennes et canadiennes de données ouvertes ou opendata qui permettent le libre accès aux données de la puissance publique placées dans le domaine public. Ainsi en France, de plus en plus de données étatiques sont versées dans le domaine public et mises à la disposition de tous via des portails d'information comme le site data.gouv.fr, mis en ligne en décembre 2011. Il est aussi intéressant de noter les répliques régionales de cette dynamique opendata nationale à travers le dynamisme d'initiatives géomatiques multi-acteurs régionales comme celle du réseau GéoBretagne et de son infrastructure de données spatiales (IDS) associée GeOrchestra.


Ces dernières initiatives présentent des points de convergence ou des formes d'hybridation entre approches de géomatique dite classique et des approches relevant de la cartographie dite 2.0. Transposition géomatique du concept de web 2.0 dit social décrivant l'émergence d'un pouvoir nouveau d'interaction et de création de contenus par l'internaute, l'expression de cartographie 2.0 est utilisée ici a minima pour décrire l'émergence de dispositifs de création d'IG volontaire de qualité, appuyés sur internet et mis en œuvre par des publics non spécialistes. Ces dispositifs font du citoyen un capteur géographique ou un acteur nouvellement doté d'un pouvoir d'écriture spatiale jusque là réservé à la puissance publique ou à des pouvoirs économiques forts. Diverse et riche, cette scène cartographique 2.0 est composée de projets aux rationalités différentes : prolongement communautaires de projets commerciaux (la compagnie de navigation GPS TeleAtlas, Google Map Maker, GeoCommons) ou citoyens (WikiMapia ou OpenStreetMap) ou de la puissance publique (GéoPortail de l'IGN ou GeOrchestra du projet GeoBretagne) pour n'en citer que quelques-uns.


Si la capacité de production d'IG par les acteurs de la cartographie 2.0 est importante, ce mouvement est cependant récent et ne permet pas encore de relever les défis de l'homogénéité de couches d'information d'un point de vue aussi bien territorial que sémantique ou temporel et de leur mise à jour. Généralement les données d'un très grand niveau de détail propre aux centres urbains contrastent avec les vides relatifs des territoires ruraux. Pour remédier à cette faiblesse de la cartographie 2.0, un acteur majeur du champ comme Google a adopté une approche hybride par laquelle, en plus de jeux de données de base acquis auprès de sociétés commerciales assurant une certaine homogénéité spatiale et thématique globale, il utilise des ressources internes et des moyens comme les voitures Google équipées de caméras, tout en encourageant la contribution de volontaires de sa communauté Google Map Maker via la plate-forme éponyme. L'entreprise a tendance à axer ses efforts sur des thématiques limitées génératrices de revenus, notamment sur le tissu économique et commercial. Si de nombreux services personnalisables sont possibles via des interfaces de programmation (API), tant pour les professionnels que le grand public, la donnée de base reste la propriété de Google et n'est pas partageable, ni même téléchargeable sauf dans des cas exceptionnels notamment les situations de crise humanitaire et selon de stricts protocoles d'accords inter-acteurs. De même, l'imagerie fournie par Google, via notamment l'outil Google Earth, est accessible à tous, mais son utilisation et notamment la création de données géographiques dérivées par numérisation relèvent du copyright Google.


Au sein du champ de la cartographie 2.0, le projet OpenStreetMap (OSM), souvent défini comme le Wikipédia de la cartographie, tient un rôle de premier plan. Initié en 2004 au Royaume-Uni, ce projet de cartographie communautaire fort en juin 2014 de presque 1,7 millions de membres vise la création d'une carte de base du monde à très grande échelle en licence libre (OpenDataBaseLicense) à partir d'une logique de contributions volontaires. Le projet procède par l'import de bases de données en licence libre, la création d'information géographique de base et thématique (routes, bâti, usage du sol, etc.) par numérisation de mosaïques d'imageries satellites de haute résolution exploitables, et enfin par relevés de terrain au moyens de récepteurs GPS, de terminaux mobiles ou par saisies directes sur des supports papiers d'extraits de carte OSM ou d'image satellite générés à partir de services web dédiés (fieldpapers.org ou walkingpapers.org). Une fois photographiés ou scannés, ces feuillets de terrain peuvent être mis en ligne pour servir de support à des séances de numérisation qui exploiteront les informations thématiques et ou géométriques ainsi remontées du terrain à peu de frais.


Appuyé sur une infrastructure technique ouverte et robuste (autorisant des milliers de contributions simultanées), le projet OpenStreetMap est à la fois fort d'un riche écosystème d'outils libres assurant collecte, édition, visualisation et accès aux données, inventeur par le faire d'un modèle d'attribution sémantique (MapFeatures) garantissant stabilité et cohérence des attributs thématiques de données OSM, riche d'une documentation foisonnante pierre angulaire de capacités éprouvées dans le domaine de la formation, d'arts de faire communautaires virtuels et réels (cartoparties, mapathon) novateurs et efficaces. Ainsi doté, le projet OpenStreetMap constitue une force cartographique singulière dont les territoires des grandes métropoles du Nord donnent la pleine mesure, dépassant dans le niveau de détail et les thématiques sur les structures de base les acteurs institutionnels ou économiques. Ces 'pleins' des centres urbains de la carte OSM contrastent cependant avec les 'vides' des zones rurales qui pâtissent d'une bien moindre densité de contributeurs. Cette géographie contrastée de la carte OSM et de la distribution spatiale de sa communauté de contributeurs actifs signe une faiblesse relative de ce projet dans sa capacité à dresser et mettre à jour une carte riche et homogène des points de vue spatial et thématique.


Le système géomatique au "Sud" entre contrastes, héritages, rôle de l'international et difficultés propres qui entravent la progression de la cartographie 2.0


Les pays du "Sud" présentent des traits géomatiques spécifiques. Il faut toutefois noter que selon les degrés de développement des territoires, leur situation géomatique peut être contrastée et si certains états, régions, capitales peuvent être apparentés au modèle des pays du 'Nord', les capacités géomatiques sont majoritairement constituées par les acteurs institutionnels nationaux et internationaux. Les premiers consistent dans les instituts géographiques nationaux dont le modèle, hérité des institutions équivalentes de l'ancien colonisateur, vise à produire une donnée de référence sur un petit nombre de thématiques, souvent à échelle moyenne (par exemple le 1/200 000, soit l'équivalent des cartes routières Michelin en France), de manière exhaustive et vérifiée, accessible seulement via une demande officielle accompagnée le plus souvent d'achat, sans possibilité de redistribuer la donnée. Ces instituts restent la référence pour l'élaboration de certains produits dont les cartes papier. Cependant, ils sont confrontés, de manière amplifiée, aux problèmes et limites rencontrés par leurs équivalents du Nord, notamment le manque de personnel suffisant pour maintenir à jour leurs référentiels, de sorte que leurs produits sont rarement actualisés, parfois pendant plusieurs décennies, et quand ils le sont, c'est souvent dans le cadre de projet de coopération avec des acteurs du Nord.


Les acteurs internationaux au Sud sont les Organisations Internationales et grandes ONG du système humanitaire/développement, et leurs partenaires locaux et internationaux, ainsi que les acteurs académiques, prestataires ou sociétés qui mettent en œuvre directement ou indirectement des programmes de collecte de données et de cartographie nécessaires à la réalisation de leurs missions ou celles de leurs commanditaires. Si ces travaux se font souvent à une résolution fine, ils se focalisent en général sur des aires d'intérêt bien précises et n'ont pas pour ambition une couverture totale du pays. Ces jeux de données mal documentés, aux conditions de production souvent opaques et généralement dépourvues de licence claire sont malheureusement mal connus des acteurs, rarement catalogués, emmagasinés et partagés. Cette sous-exploitation de leur potentiel est aggravée encore par la rareté d'approches multi-acteurs adossées à des IDS visant de façon cumulative une couverture territoriale et thématique homogène à partir de l'ensemble de réalisations géomatiques réalisées dans le cadre de projets humanitaires et de développement.


En conséquence, la donnée géographique de base ainsi que les jeux de données thématiques des PVD et PMA sont en général parcellaires, rarement à jour, mal documentés et peu accessibles, que cela soit pour l'appui au développement ou l'action humanitaire. Ces approches géomatiques dites en silos et leurs limites sont bien connues des chercheurs et praticiens du développement et de l'action humanitaire.


Ce constat et son évaluation sont au principe d'initiatives de soutien et de développement du mouvement de l'opendata dans les pays du Sud au fort potentiel de changement. Ces approches cherchent à mettre en place des portails d'information animés par des communautés opendata multi-acteurs associant gouvernements, organisations internationales et ONG, secteurs académique et secteur privé ainsi que les acteurs émergents de la scène cartographique 2.0 et d'acteurs des NTIC et notamment du monde du logiciel libre sur le modèle de pratiques du Nord ou de certains pays du Sud pionniers en la matière. La Banque Mondiale compte parmi les acteurs cadres de ce mouvement avec des approches d'appui au développement des NTIC ou de gestion intégrée des risques. Le portail GEOSS (Global Earth Observation System of Systems) issu d'un partenariat entre plus de 90 gouvernements et 77 organisations internationales, permet de chercher et de récupérer de manière libre et ouverte des données hébergées sur différentes IDS et issues d'instruments de mesures d'observations de la Terre (stations météorologiques, sismiques, GPS, etc.) couvrant plusieurs thématiques : agriculture, biodiversité, climat, désastres, écosystèmes, énergie, santé, eau et changements climatiques.


Ces approches opendata constituent des interfaces pour acteurs géomatiques classiques et projets de la cartographie 2.0 qui consacrent globalement peu de ressources au "Sud" en dehors des capitales et principales villes où les communautés sont encore globalement embryonnaires. La plate-forme OpenStreetMap est ainsi souvent méconnue, notamment au sein des PMA et, à l'instar d'autres projets wiki comme Wikipedia, n'attire d'elle-même que bien peu de contributeurs individuels locaux, la plupart des contributions émanant d'ailleurs "d'internationaux" travaillant dans ces pays, de quelques touristes ou de cartographes "en fauteuil" du Nord. La distribution de la donnée de qualité et la densité communautaire des projets de cartographie 2.0 prend ainsi au "Sud" la forme d'un archipel ou d'un semis de points et zones de faible étendue. En ceci, la cartographie 2.0 au "Sud" reproduit de façon amplifiée les contrastes de répartition (urbain/rural) de la complétude des cartes et de la force de communautés observés au "Nord" tout en présentant de plus fortes contraintes à leur croissance. Les niveaux de développement, le contexte général de pauvreté et les spécificités des contextes de crise sont autant des freins additionnels à la dynamique communautaire de ces projets qui ont pu au "Nord" s'appuyer sur une large base sociale propre aux sociétés de temps libre globalement "'riches".


C'est pour faire face à ces limites observées dans la diffusion du projet OSM dans les PVD et PMS du "Sud" dans les contextes d'appui au Développement et à l'action humanitaire qu'a émergé depuis 2009 le projet Humanitarian OpenStreetMap Team (HOT) dont l'objectif est de renforcer les capacités géomatiques existantes dans ces territoires et contextes opérationnels, grâce à une activité d'appui spécifique à la croissance communautaire du projet OSM. Des communautés OSM autonomes existent désormais en Haïti, en Indonésie, en Mongolie, au Sénégal, au Burkina Faso, au Togo, au Tchad, au Togo, au Niger, au Burundi et rejoignent celles créées dans d'autres pays du pays du "Sud".


On peut noter au sein du projet GoogleMaps une approche volontariste de même esprit pour soutenir le développement de la communauté Google Map Maker dans le champ de l'appui au Développement (cadres Google, évangélistes/leaders communautaires, soutien à des groupes locaux, événementiel). En dépit de leurs différences, le projet HOT au sein d'OSM et les efforts de Google signent bien pour tout projet de cartographie 2.0 la centralité du fait communautaire et la nécessité au "Sud" dans des contextes marqués par la pauvreté et la crise d'une action volontariste de long terme pour s'y développer et contribuer ainsi efficacement et pleinement à la création et à la mise à jour de cartes de base et de cartes thématiques complètes et cohérentes. A ce stade récent de leur histoire, ces projets de cartographie 2.0, hors de l'archipel de leurs points forts qui démontrent leur inédite et unique force cartographique, contribuent encore marginalement aux ressources géomatiques au "Sud" dans le cadre de l'appui au Développement, il en va tout autrement en situation de crise humanitaire.


Les limites du système géomatique pour l'Humanitaire et la Reconstruction, les multiples initiatives pour le renforcer et l'enjeu majeur de la donnée ouverte et actualisée

 

Les exemples des inondations de Serbie ou du tsunami de Fukushima sont là pour rappeler que les capacités de réponse d'un pays peuvent être dépassés au "Nord" comme au "Sud". Le système géomatique d'action humanitaire et de reconstruction est décrit du point de vue d'Etats du "Sud" aux capacités géomatiques les moins avancées étant entendu qu'en cas de crise d'ampleur au "Nord", il s'y déploierait selon des mécanismes similaires, mais adaptés au niveau d'expertise géomatique classique et humanitaire/protection civile local.

Le sous-dimensionnement des capacités géomatiques des territoires du "Sud" en temps normal devient criant lorsque survient une crise, désastre naturel ou conflit politique, où comme cela a été rappelé précédemment, une information géographique précise et à jour est primordiale pour l'organisation de l'aide humanitaire apportée aux populations affectées et la conduite des activités de reconstruction.


C'est ainsi que pour l'information géographique en mode vecteur, le BCAH/OCHA, à des fins de préparation et de réponse aux situations de crise, a créé un portail baptisé COD/FOD (acronyme anglais pour jeux de données opérationnels communs et fondamentaux) qui décrit tous les jeux de données vecteurs accessibles connus de la communauté géomatique, et permet soit de les télécharger directement soit de contacter les services qui les détiennent. Ce catalogue extrêmement utile ne s'affranchit cependant pas des contraintes décrites plus haut : la donnée reste fragmentaire, et d'une licence qui souvent soit n'autorise qu'un usage humanitaire, soit reste indéterminée, car créée à partir de plusieurs sources non identifiées. Elle ne peut donc être employée plus tard par les acteurs économiques, nationaux ou internationaux, lorsque viendra la phase de reconstruction. Selon l'évolution des activités de préparation de crise ou de réponse humanitaire, le portail COD/FOD est mis à jour directement par le BCAH/OCHA ou les groupes de travail SIG (Organisations Internationales, Gouvernement, ONG) qu'il anime dans chaque pays, de manière à ce que les jeux d'information complémentaires éventuellement produits à cette occasion soient appréhendés, documentés, catalogués et accessibles. Pour l'information géographique en mode raster, le Knowledge Portal du programme UN-SPIDER de l'agence onusienne UNOOSA joue un rôle similaire au COD/FOD pour l'IG en mode vecteur.


Ces ressources dans le champ de l'IG à but humanitaire sont complétées par les portails géographiques ou sites web globaux ou locaux des principales organisations internationales actives dans le champ de la réponse de crise, comme par exemple l'IDS du PAM (Plan Alimentaire Mondial).


Des projets comme REACH, dirigé par deux ONG (ACTED et Impact Initiatives) et une organisation onusienne (UNOSAT), ou l'IDS OASIS de l'ONG spécialisée en géomatique de crise iMMAP proposent quant à eux des plateformes de données géographiques, utilisables tant pour la réponse que pour la reconstruction, avec des capacités de collecte sur le terrain et des dispositifs visant à créer une résilience à long terme en associant partenaires gouvernementaux et humanitaires. Pas plus que leur solution technique, la donnée de ces IDS humanitaires n'est libre, accessible et téléchargeable par n'importe quel individu ou structure, que cela soit à des fins commerciales ou non commerciales. D'autres initiatives peuvent être distinguées, telles que des programmes de réponse de crise de groupes comme Google (Google Crisis Response) et Esri (l'éditeur du célèbre logiciel SIG ArcGIS) avec son Disaster Response Program. Leur but principal n'est pas la création de donnée géographique de base ou de données thématiques, mais de favoriser la synthèse et l'analyse de l'information humanitaire.


Les fortes capacités techniques dans le champ du catalogage, de l'emmagasinage, de la création de données, de leurs traitements et analyses, de l'élaboration de produits et de leur partage contrastent cependant avec le niveau de ressources humaines géomatiques déployées en temps normal ou en contexte de reconstruction et mobilisables pour répondre à des crises humanitaires. Les capacités nationales et internationales du système géomatique humanitaire classique montrent alors leur sous-dimensionnement et leurs limites. Ce constant connu et documenté est objet de réflexion et d'actions qui donnent lieu à un renouvellement des approches géomatiques de crise visant à dépasser ces blocages.


Le recours constant par les acteurs onusiens de l'humanitaire (BCAH, agences techniques et clusters thématiques) à une expertise géomatique "extérieure" via détachements, accords de partenariat avec des ONGs spécialisées dans la géomatique humanitaire (MapAction, iMMAP ou CartONG), leur usage croissant du crowdsourcing et des capacités des acteurs de la cartographie humanitaire 2.0, de façon directe, à travers des collaborations informelles et formalisées.

Le projet HOT est l'un des fers de lance de ce type de réponse de crise depuis le tremblement de terre d'Haïti du 12 janvier 2010 et travaille de façon intégrée au système humanitaire classique qu'il a contribué à ouvrir à d'autres projets de communautés techniques virtuelles de volontaires (VTC en anglais) pour constituer ensemble le Réseau Humanitaire Numérique (DHN en anglais) créé avec le support du Bureau de la Coordination aux Affaires Humanitaires (BCAH/OCHA) des Nations Unies. Celui-ci est activable par toute organisation humanitaire qui a besoin de l'impact d'une communauté de volontaires experts dans un domaine afin d'obtenir données ou analyse de données que son effectif interne ne serait pas en mesure de fournir. Cette participation du projet HOT au sein du système géomatique humanitaire ne représente que l'un des apports d'OSM dans la cartographie au "Sud".

 

L'apport spécifique et décisif d'OSM dans la géomatique au "Sud" et ses avantages combinant coût, robustesse, souplesse et impact communautaire

 

L'apport du projet OSM pour le système géomatique global au "Sud" et au "Nord" en conditions "normales" ou dans le temps d'une crise humanitaire est massif et fondamental.


La robustesse de sa solution technique, son autonomie pour l'hébergement serveur, la taille de sa communauté lui confèrent un pouvoir d'écriture spatiale sans rival et son action a pour effet d'orienter et accélérer les mutations du système géomatique global au "Nord" comme au "Sud".

OSM permet de s'affranchir de l'installation et la maintenance d'un serveur de données et de cartes web avec le coût et les risques que cela représente dans les pays du Sud. Un simple ordinateur doté d'une connexion internet, même intermittente, suffit pour pouvoir contribuer et réutiliser la donnée. Cette autonomie technique s'accompagne d'une autonomie "économique" vis-à-vis de l'ensemble des acteurs géomatiques et "politique" vis-à-vis des gouvernements parfois enclins à exercer des pressions sur certains acteurs. Par exemple, le gouvernement chinois a obligé Google à décaler toute sa donnée de plusieurs centaines de mètres sur le territoire du pays, sous peine d'être exclu de l'internet national, pression qui ne peut fonctionner avec OSM.


Le projet OSM permet la création d'une information géographique de base ou thématique dont les objets peuvent être librement enrichis et réutilisés par tous depuis l'urgence humanitaire au temps de la reconstruction et du développement économique.


L'approche OSM permet de cartographier les objets (structures physiques) à grande échelle. Grâce à une mosaïque d'images satellites de couverture mondiale que Microsoft Bing met à disposition d'OSM et que complètent d'autres ressources d'imagerie, l'usage du sol, l'empreinte du moindre bâtiment, les réseaux de transport et l'hydrographie peuvent être caractérisés. Ces résultats de numérisation sur image satellite de haute résolution sont croisés avec des relevés de données terrain et permettant ainsi une cartographie précise de la moindre petite boutique ou d'un robinet d'eau potable. Les techniques de collecte de données terrain du projet OSM intègrent récepteurs GPS et terminaux mobiles (ordiphones et tablettes) dont il est possible - selon les contextes - de s'affranchir en travaillant exclusivement avec des atlas papier figurant la carte OSM ou l'imagerie Microsoft Bing. Ces cartes pour la collecte de données terrain sont générées via des services web - Walking Papers et Field Papers - sous forme de fichiers pdf au format A4 ou lettre. Ces atlas permettent à la fois de s'orienter et d'ajouter des annotations à la main portant sur la géométrie et les attributs des objets de la zone d'enquête et peuvent avec profit être utilisés de façon combinée avec GPS, ordiphones et tablettes.


Pour les acteurs géomatiques traditionnels, Walking Papers et Field Papers abaissent le coût de la collecte d'information terrain géoréférencée en permettant selon les contextes opérationnels de s'affranchir des GPS et ordiphones. Ils permettent également aux acteurs disposant de ressources limitées, notamment les collectivités territoriales et les communautés de base, de pouvoir elles aussi participer efficacement à la remontée d'informations géographique de toutes sortes, des équipements existants ou des adresses comme des zones inondée. Ces techniques et outils OSM rendent ainsi possible une massification de la remontée d'IG au "Sud" dans un contexte de pauvreté ainsi que des avancées pour les populations affectées par crises et catastrophes en termes de participation effective à certains volets de l'action géomatique humanitaire ou de reconstruction.


La description thématique des objets géographiques (leur attribution ou caractérisation attributaire) y est libre et sans limites autres que le caractère confidentiel (sécurité ou respect de la vie privée) revêtu par la donnée. Cette flexibilité de l'attribution reste respectueuse du modèle sémantique d'OSM, soit l'ensemble des tags (attributs) discutés par les contributeurs et adoptés dans la section wiki des Map Features (objets à cartographier). Ceci confère une stabilité sémantique à la donnée OSM et partant sa réutilisation au sein d'approches géomatiques. Ce point d'équilibre entre flexibilité et stabilité des tags (attributs) constitue une force du projet OSM dans des champs géomatiques où peinent à émerger des standards sémantiques thématiques en temps normal et qui dans le temps de la crise doivent être adaptés à des besoins spécifiques.

La donnée OSM constitue un potentiel d'information géographique sans égal au Sud pour tous, professionnels, particuliers et communautés. Cette donnée est constamment accessible sous sa forme brute dans des formats d'échange SIG standard ou via une interface de programmation (API) et donc intégrable respectivement par les géomaticiens (applications SIG client/bureau ou serveur/web) ou les informaticiens (services web) pour tous usages y compris professionnels.

Des services comme ITO Map permettent à des non-spécialistes de la donnée géographique d'accéder à des cartes thématiques toutes prêtes sur le réseau routier, l'occupation des sols, les lieux de loisirs, l'agriculture, etc. Un service comme MapOSMatic permet quant à lui de créer automatiquement un plan de ville ou de quartier sur une ou plusieurs feuilles, avec un index des rues et des principaux équipements, en simplement définissant la zone couverte par la carte et en indiquant le titre.


La donnée OSM n'est pas réservée aux seuls récepteurs GPS majoritairement réservés à un usage professionnel, elle peut être facilement ajoutée sur des terminaux mobiles dont l'usage se généralise au sein de la population en raison de leur coût en constante diminution. Consultable hors ligne, cette donnée s'accommode bien de la faiblesse de la connexion internet que connaissent beaucoup de pays du Sud, notamment en Afrique subsaharienne. Elle permet de se situer et de naviguer, à pied ou en moyen de transport, comme avec n'importe quel terminal GPS payant que l'on trouve ou ajoute dans les automobiles dans les pays du Nord, à la différence que la donnée est gratuite, mise à jour de manière beaucoup plus fréquente avec potentiellement une richesse d'information sans comparaison.


Ces réutilisations des outils, techniques, méthodes, données et cartes du projet OSM au "Sud" revêtent des significations et des portées différentes selon les acteurs considérés. Pour les acteurs du système géomatique humanitaire/développement, le projet OSM représente d'abord d'importants gains d'efficacité et une plus grande réactivité. Plus fondamentalement, OSM rend techniquement possible une approche libre multi-acteurs, collaborative et mutualisatrice des ressources géomatiques et logistiques nécessaire à la production et à la mise à jour des principales données de base et thématiques non sensibles dont les acteurs du système géomatique ont besoin pour la conception de plans de contingence, la définition de stratégie de développement ou de réponse humanitaire et le suivi de leur mise en œuvre et qu'ils n'ont pas réussi individuellement à produire.


Grâce à cette approche géomatique, des acteurs sans capacités et ressources géomatiques ont accès à la création d'information géographique via un usage d'OSM couplé à des logiciels libres de SIG. Dans le champ académique, des étudiants, par exemple de géographie, peuvent se former non pas sur des jeux de données de zones du Nord, mais sur leur propre territoire et de disposer d'une donnée existante, qu'ils pourront enrichir, sur leurs terrains d'étude, renforçant ainsi la centralité des acteurs académiques dans le champ géomatique. Dans le champ de l'action des collectivités territoriales, des personnels de mairie peuvent se former à cet outil et disposer ainsi d'une carte, de services géomatiques, d'un soutien de communautés OSM locales (d'étudiants) et globale [Exemple de la Commune de Grand Dakar au Sénégal]. Des communautés de base peuvent aussi se former et travailler en réseau avec mairie et acteurs académiques ou des ONG organisation internationale et s'approprier ainsi cet outil et acquérir une capacité à cartographier leur territoire et mieux le comprendre via l'information géographique.


Ces utilisations collectives ne doivent pas faire oublier la portée d'OSM pour les individus. Evidemment, dans les pays du Sud en 2014, malgré les progrès rapides de la diffusion des ordinateurs, ordiphone ou même des GPS, seule une fraction de la population en possède ou bien y a accès. Cet état de fait renforce la pertinence et l'utilité profonde de nombreux services fondés sur OSM qui permettent, sans aucune compétence technique particulière, de produire facilement des cartes papiers pouvant être ensuite distribuées. Ainsi, des autorités ou des associations locales équipées d'un ordinateur et d'une imprimante peuvent créer de telles cartes pour un usage propre ou pour être données à des communautés ou des particuliers sans équipement numérique. Parmi ces services, FieldPapers.org permet de créer des atlas sous forme de pdf au format A4 ou letter sur lesquels apparaît la carte OSM ou une imagerie compatible avec OSM. Ces cartes permettent à la fois de s'orienter et d'ajouter des annotations à la main : conçus au départ comme un document de collecte de terrain géoréférencé permettant de s'affranchir de l'usage d'un récepteur GPS, les FieldPapers peuvent aussi servir à des communautés pour faire remonter des informations de toutes sortes, des équipements existants ou des adresses comme des zones inondées sur un support qui leur permet si besoin d'interagir avec des contributeurs OSM qui pourront intégrer facilement ces annotations sur OSM. Cette facilité d'accès pour s'orienter et trouver des équipements renforce la résilience des populations en cas de crise.

Au final, le projet OSM se signale par sa capacité à renforcer ou créer des liens entre tous ces acteurs et de faire émerger des dynamiques communautaires qui permettent ainsi de redistribuer, mutualiser et optimiser leurs ressources géomatiques et non géomatiques (matériel, logistique, lieux de travail, formation) qui sont nécessaires à la création et la mise à jour de cette information géographie de base ou thématique. Dans ce mouvement, il est fondamental de mesurer l'apport décisif de la communauté OSM globale dont les activations pour la cartographie OSM en réponse de crise sont la manifestation la plus éclatante et a marqué la première modalité d'intervention massive du projet dans le champ humanitaire.

 

L'impact croissant des activations humanitaires OSM depuis 2010 dans le cadre du projet HOT, de plus en plus intégré avec le système géomatique humanitaire

 

La capacité d'activation des contributeurs OSM à la cartographie de zones en crise et l'impact massif de la donnée ainsi produite sont apparus à la suite du tremblement de terre en Haïti le 12 janvier 2010. Dans le mois qui a suivi, environ 600 contributeurs OSM du monde entier ont été à l'origine d'environ 1,5 millions de modifications dans la base de données OSM et ont ainsi créé la carte la plus détaillée jamais produite sur l'ensemble de la zone métropolitaine Port-au-Prince et ses environs. Cette carte a servi de référence en lieu et place des jeux de données de la MINUSTAH (mission onusienne de stabilisation en Haiti) ou du Centre Nationale d'Information Géographique et Spatiale (CNIGS) et été réutilisée par tous les acteurs de la réponse humanitaire et de la reconstruction sous différentes formes (fonds de cartes, données brutes, cartes GPS). Haiti a également vu les premiers usages massifs d'OSM à des fins de production de carte de base et de carte thématique par les acteurs humanitaires (Organisation Internationale des Migrations) et du développement (projets financés par USAID).


Fin 2013, la réponse de la communauté OSM qui a suivi le passage du supertyphon Yolanda sur l'archipel des Philippines s'est traduite sur le même temps qu'Haiti (un mois) par 4,5 millions de modifications de la base de données OSM par près de 1700 cartographes OSM localisés dans plus de 80 pays différents. A la différence d'Haïti, environ 200 membres de la communauté OSM philippine ont pris une part centrale à cette réponse de crise, permettant des remontées d'information terrain et améliorant la relation avec les acteurs humanitaires, notamment dans la perspective des activités de reconstruction. La force et la qualité de la mobilisation OSM dont données et produits cartographiques ont été aussi massivement réutilisés qu'en Haïti a été reconnue comme décisive par la communauté humanitaire et le gouvernement dont elle a appuyé efficacement les capacités dépassées par l'ampleur de ce désastre en dépit de leur expérience.


En mars 2014, la réponse à la crise Ebola affectant la Guinée Conakry a vu la communauté OSM créer en seulement dix jours un volume de données équivalent à celui produit durant la réponse au tremblement de terre d'Haïti quatre ans plus. Que cette donnée ait présenté une meilleure qualité et ait été le fait d'un tiers de la masse des contributeurs OSM de la crise haïtienne signale les progrès accomplis dans la structuration, l'optimisation de l'usage d'OSM en réponse de crise et le développement de sa communauté notamment en Afrique de l'Ouest. Pour les acteurs humanitaires de la santé engagés dans des réponses à des épidémies de type Ebola, c'était la première fois qu'il était possible de disposer d'une telle donnée, produite aussi rapidement sur des zones d'intervention ou de surveillance, aussi directement intégrée à leurs cartes de situation, de planification, d'opération utilisée comme support de coordination sur une base quotidienne. Ebola a aussi constitué un cas d'intégration fort entre les géomaticiens de ces structures, les communautés OSM et les acteurs de l'imagerie spatiale avec des mobilisations rapides de données satellites ou terrain qui ont garanti à OSM effet de masse, vitesse et qualité.

 

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La ville de Guéckédou en Guinée sur OpenStreetMap, avant et après l'activation pour la réponse à la crise Ebola.

 

La communauté OSM est également activée sur les crises politiques à long terme, souvent rapidement délaissées par les médias et pour lesquelles le soutien de l'opinion publique internationale et la mobilisation de ressources par le système humanitaire est tragiquement insuffisante, contrairement à la sympathie que peut déclencher certaines catastrophes dites "naturelles". Depuis janvier 2013, la communauté OSM a répondu à la crise politique centrafricaine pour systématiquement cartographier le pays en priorisant les lieux de présence des acteurs humanitaires et les lieux où sont recensés les incidents de sécurité. Au détail de l'information cartographiée à partir d'imagerie aérienne à haute résolution (routes, rues, chemins, bâtiments, cases) s'ajoute des noms de localités, des centres de santé, écoles et points d'eau potable issus de l'import de données nées d'un partenariat entre l'Université de Bangui et UNICEF qui a autorisé leur import dans OSM, permettant à tous de pouvoir désormais les visualiser, naviguer avec ou les intégrer dans des cartes et autres produits d'aide à la décision utilisés pour la coordination de cette résponse humanitaire. Centrale pour la réponse humanitaire à cette crise politique majeure, la carte OSM constituera un atout remarquable pour le succès des actions de reconstruction à conduire dans le contexte délicat d'un État failli.


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 Berbérati, troisième ville de la RCA, a été réalisée en moins de trois semaines grâce à trente-cinq contributeurs volontaires du monde, sur leur temps libre.


Cette constante progression des capacités de réponse de crise de la communauté OpenStreetMap qu'illustre la capacité à maintenir le niveau de réponse d'Haïti dans ces autres crises humanitaires majeures s'explique par l'engagement du projet HOT sur plusieurs fronts.

 

D'un point de vue technique, la palette d'outils OSM a été renforcée pour améliorer respectivement la coordination et la qualité des contributions, ainsi que la réutilisation de la donnée. C'est ainsi qu'a été développé le Gestionnaire de Tâches qui permet de diviser une zone à cartographier en zones indépendantes réservables en deux clics pour que chaque contributeur soit seul à y travailler, évitant ainsi tout risque de travail en doublon. Le service d'export HOT, permet de télécharger la donnée OSM dans différents formats de fichiers SIG et de pouvoir procéder à des transformations des attributs OSM vers d'autres modèles de données. Le rendu cartographique ou style humanitaire permet de faire figurer sur des cartes web dynamique des objets ou des attributs d'objets propres aux pays du sud ou aux contextes opérationnels humanitaires qui n'apparaissaient pas sur les autres services cartographiques web du projet OSM. Le style humanitaire associe un jeu de symboles cartographiques à un modèle d'attributs, un fichier en format XML organisant un ensemble de tags (attributs) OSM pertinent pour ces usages particuliers. Ce rendu cartographique humanitaire facilite l'accès à la donnée OSM sous forme de cartes web pertinentes au Sud pour l'appui au développement ou l'action humanitaire. Le projet HOT a été attentif à conduire ces travaux de développement logiciel en s'appuyant sur des réalisations ou des compétences déjà existantes dans la communauté OSM de manière à ce que ces travaux la renforcent et favorisent l'émergence de communautés de développeurs spécifiques à ces instruments de HOT et contribuent ainsi à leur durabilité.


Le renforcement de capacités dans le champ cartographique et la formation de tous les acteurs des champs de l'humanitaire et du développement à la contribution à OSM et la réutilisation de sa donnée est également un des objectifs fondamentaux du projet HOT. Du point de vue des ressources de formation, le projet HOT a également initié la mise en place de LearnOSM un site web de ressources pédagogiques regroupant des chapitres d'apprentissage à la contribution à OSM (depuis les premiers pas jusqu'aux techniques d'édition avancées et les processus de contrôle de la qualité), d'autres sur la réutilisation de la donnée dans des SIG ou sur l'élaboration de cartes web. Constamment améliorées via des contributions volontaires et des équipes constituées, ces ressources sont déjà traduites dans neuf langues différentes, dont le français et font l'objet d'un usage constant au Nord et au Sud dans des contextes qui ne se réduisent pas à l'action humanitaire et à l'appui au développement.

C'est enfin l'ancrage précoce au sein du coeur du système géomatique humanitaire du projet OSM depuis l'automne 2007 et du projet HOT depuis sa constitution informelle en 2009, la continuité de son action conduite étroite coordination avec les acteurs principaux de la cartographie humanitaire classique et "2.0" depuis la réponse au tremblement de terre d'Haiti qui explique la centralité d'OSM pour le système humanitaire et développement tant dans des activités de prévention, que de réponse de crise ou d'appui au développement ainsi que la croissance de ses capacités d'intervention. Les réponses de crise humanitaires de la communauté OSM font apparaître un niveau poussé de coordination avec le système humanitaire dont le dialogue autour Aires d'Intérêts (AOIs) de zones en crise à cartographier, qui deviennent des tâches cartogrpahique à traiter en priorité est un exemple. A cet égards, la réponse à la crise Ebola constitue un cas de coordination abouti entre la communauté humanitaire des projets HOT et OSM et CartONG et Médecins Sans Frontières Suisse (MSF CH) dans un premier temps puis la Fédération Internationale des Croix Rouges (IFRC) et la Croix rouge Américaine (ARC). Un autre exemple de coordination en appui au développement est fourni par la coopération entre IFRC, la Croix Rouge de RD Congo (CRC) et la communauté OSM pour une production conjointe de donnée géographique de base en appui à des projets en eau et assainissement dans la ville de Walikale. Ce projet a pu combiner numérisation d'imagerie par la communauté OSM d'imagerie satellite haute résolution acquise par IFRC et intégration dans la base de données OSM par la communauté OSM d'informations terrains collectées avec des Walking papers par la CRC.


L'accès à une imagerie aérienne récente ou post-crise est de plus en plus facilitée par l'accès à certains programmes internationaux (comme la Charte Internationale des agences spatiales), la mise en place d'accords pour un accès privilégié à certaines ressources (la Humanitarian Information Unit du Département d'Etat américain met en place pour HOT de l'imagerie sur serveur sur des AOIs), l'incorporation par des partenaires humanitaires d'un montant pour l'imagerie post-crise dans leurs budgets de réponse d'urgence ou l'accès à cette nouvelle source d'imagerie via des drones civils. Les progrès constants de ces relations avec le système humanitaire et développement est gage d'une participation plus grande et plus prévisible de la communauté OSM dont la motivation est redoublée par les progrès de la réutilisation des ressources OSM et de son impact sur les situations de crise humanitaire ou d'actions de développement.


Aussi importantes et décisives qu'elles puissent être pour les populations des territoires où elles se déploient et pour les acteurs du système humanitaire et de l'appui au développement avec lesquels elles sont conduites, ces campagnes de cartographie à distance par la communauté humanitaire du projet OSM présentent des limites quant aux objectifs de production et de mise à jour d'une information géographique de base et thématique homogène, cohérente d'un point de vue spatial et territorial. La numérisation d'imagerie satellite appelle des compléments d'information terrain, ne serait-ce que pour définir les fonctions de bâtiments ou la condition et capacités de portage des rues et routes ainsi créées ou pour leur mise à jour en l'absence de mise à disposition d'imageries plus récentes. Ces activités de cartographie à distance ne constituent pas l'enjeu le plus complexe à mettre en place, l'enjeu véritable et la condition de l'efficacité maximale du potentiel d'OSM dans le champ humanitaire et développement résident dans la création de dynamiques communautaires locales, car c'est dans ce dommaine que le projet OpenStreetMap tire sa force, tant pour l'adjonction des données de terrain indispensable que pour leur mise à jour continuelle.

 

L'enjeu majeur de la mise en place de communautés OSM locales pour assurer la mutation géomatique au "Sud" et les dispositifs pour y parvenir

Seule la mise en place de communautés OSM dynamiques au "Sud" peut garantir l'accélération de la mutation géomatique en cours que nous avons décrite et partant la pleine efficacité du système géomatique humanitaire et de développement. Depuis 2010, le projet HOT a pu inventer, tester et constituer une palette d'approches favorisant efficacement l'émergence ou le renforcement de communautés OSM locales.


En l'absence de communauté OSM, des missions de promotion et de formation à l'approche OSM sont généralement un préalable indispensable pour apporter un équipement minimal (ordinateurs et récepteurs GPS) et identifier sur un territoire l'écosystème d'acteurs (autorités nationales et locales, académiques, organisations internationales, communautés techniques, etc.) ainsi que les personnes intéressées par le projet OSM et capables ensemble avec leurs ressources propres d'animer le projet OSM dans une logique volontaire. Grâce aux ressources de l'écosystème réuni dans le temps de la mission et par l'engagement volontaire d'individus investis dans le projet, cette contribution locale au projet OSM autonome constitue la base nécessaire à l'efficacité de programmes de soutien à OSM, ainsi que la condition d'interactions positives avec les acteurs du système humanitaire et développement.


C'est ainsi que différents mécanismes d'allocation de ressources de formes diverses (projet économique, volontariat institutionnel ou individuel/communautaire) peuvent jouer dans le temps de leur phase opérationnelle un rôle d'incubateur/catalyseur pour les ressources globales et individuelles d'un projet OSM local, en renforçant les capacités de groupe et individuelles et en permettant de dégager des ressources qui peuvent alimenter la communauté au terme de ces programmes d'appui. Il est donc fondamental, dans les premiers temps du lancement d'une communauté OSM, de veiller à ce que le programme de lancement favorise une dynamique de contributions communautaires OSM volontaires, ainsi que l'identification et la mise en place des dispositifs relais de l'activité OSM qui soient respecteux de ces dynamiques volontaires.

 

L'appui au développement du projet OSM peut se faire au sein d'un cadre professionnel ou professionnalisant, tel qu'une unité OSM intégrée dans une organisation onusienne (comme l'Organisation Internationale des Migrations OIM en Haiti) ou au sein d'une direction de la protection civile (comme le BNBP en Indonésie), ou bien une unité OSM ad hoc créée dans le cadre d'un projet important de développement (comme les projets de cartographie communautaire STM020 et CAP103 financés par la coopération des Etats-Unis USAID en Haiti dans les communes de Saint-Marc et Cap Haitien). La construction de la durabilité des capacités OSM (communautés et écosystème) créés dans ces cadres professionnels au delà des phases opérationnelles financées exige la recherche systématique d'un ancrage des activités dans la participation volontaire individuelle et communautaire.


Différents dispositifs de volontariat ont été expérimentés et constituent de puissants leviers d'appui au développement du projet OSM et à l'émergence ou au renforcement de sa communauté. C'est le cas du programme des Volontaires Internationaux de la Francophonie (VIF) de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) qui montre l'impact qu'un jeune motivé et qualifié peut apporter à l'émergence d'une communauté locale. Le projet pilote European Open-Source Humanitarian Aid Volunteers (EUROSHA) mis en oeuvre par un consortium d'ONG européennes et financé par la DG ECHO a montré lui l'apport décisif qu'une équipe de jeunes volontaires peut constituer pour le système humanitaire locaux en République centrafricaine, au Burundi, au Tchad, au Kenya et au Cameroun.


En Afrique de l'Ouest, le projet Espace OSM Francophone (EOF), combine les approches des projets professionnalisants et les dispositifs de volontariat pour mettre en oeuvre des programmes d'animation OSM portés par des équipes de taille réduites mêlant des expertises seniors et juniors, mobiles et flexibles dédiés au renforcement des communautés et des écosystèmes OSM dans les pays francophones du Sud. Il tient notamment compte du contexte propres aux pays du Sud (accès à l'informatique et à internet, contraintes économiques laissant moins de possibilités de dédier du temps à une activité non rémunérée) et adapter des formes de volontariat pratiquées au Nord. C'est ainsi qu'au sein de dispositifs d'animation souples concus sur la durée et centrés sur la conduite d'activités de promotion, cartographie, formation, opèrent à temps partiel des membres capables et méritants de projets OSM locaux avec une rémunération calquée sur l'échelle des revenus locaux (bourses de troisième cycle pour les étudiants).


Tous ces dispositifs sont systématiquement adossés à un environnement géomatique humanitaire/développement ainsi qu'à un écosystème opendata lorsqu'il existe. Ces dispositifs, engagés en Afrique francophone de l'Ouest et du Centre depuis 2012, permettent l'émergence de communautés OSM locales qui non seulement font progresser la donnée et sa réutilisation dans leurs pays, mais participent également aux activations volontaires de la communauté internationale en temps de crise.

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