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La co-édition grâce à Booktype au B7 : mise à l’épreuve du livre numérique

Développement

Introduction :

Intention : plaidoyer en faveur de l’utilisation de Booktype au B7

Ou pourquoi un outil qui semble incomplet permet tout de même de faire d’importants progrès?

Culture numérique

Il y aurait tant à dire sur la culture numérique que ça donne le tournis simplement de penser que je vais devoir condenser cela en une minute trente secondes. Mais ça vaut la peine. Afin de ne pas multiplier les détours inutilement, je vais aborder cette question en prenant appui sur les discussion qui ont eu lieu lors du dernier atelier du séminaire «Écritures numériques et éditorialisation», le 10 avril dernier.

Pertinence du livre comme point d’entrée pour interroger la culture numérique

Le point de départ est un article de Louise Merzeau, publié en 2007 dans la revue Medium, qui s'intitule «Feuille de route». Les animateurs de la séance, Enrico Agostini Marchese et Emmanuel Château-Dutier, n'ont pas la même compréhension de la façon dont on devrait aborder le rapport de la culture numérique à l'espace. Cette question est extrêmement délicate, et on se rendra compte au cours des échanges entre Montréal (où les deux animateurs sont basés), Paris (où se trouvent leurs principaux interlocuteurs, dont Matteo Treleani) et l'Italie, où campe Marcello Vitali-Rosait (sur une terrasse en sabatique), que la question de savoir si la continuité l'emporte sur la rupture entraîne presque une confrontation entre les deux amis italiens, ce qui les force à convenir que la définition que l'on a de l'espace joue un grand rôle dans la manière dont on interprète la question des relations entre architecture et autorité qui est celle que le séminaire essaie de poser. On en vient presqu'à court-circuiter le long labeur fait depuis des années avec Louise, alors qu'elle était encore vivante, pour conjurer les tentations de réduire la complexité des défis que pose le numérique à l'intelligence collective, à une opposition entre discrétisation et intégration... En fait, la découverte de ce webinaire est qu'il y a une tension entre l'espace donné et l'espace habité et que pour être habité l'espace doit être discrétisé. Mais qu'il peut y avoir différentes façons plus ou moins abruptes ou nuancées d'effectuer cette discrétisation. De là l'idée que la reconnaissance de ce que l'organisation de l'espace est interdépendante avec les manières dont nous y interagissons est une condition même de notre existence en tant qu'êtres humains et donc en tant qu'animaux politiques, mais que cela n'a pas été perçu avec autant d'acuité d'aujourd'hui au cours de périodes antérieures de la civilisation occidentale où même les approches analytiques en philosophie (pourtant proches de la philosophie de l'action ou du pragmatisme) donnaient à penser que pour contrôler le monde il suffisait de parvenir à se le représenter correctement. 

L'illusion d'une maîtrise de la nature par la civilisation des êtres rationnels que nous croyions être est perdue à partir du moment où nous nous rendons compte que l'impression que les nouveaux médias rendus possibles par les NTICs ne seraient pas les fers de lance de grandes envolées émancipatoires de groupes s'affranchissant de la domination des marchés, mais que les jeux d'entrelacs entre réseaux affininitaires, les maillages identitaires, finalement calqués sur les débats classiques entre clans et camps idéologiques et raciaux, deviendraient la matière première du remue-ménage que les turbines à produire de l'inédit viendraient entretenir.

Ce qui veut dire que nous sommes maintenant désenchantés de l'hyperconnexion et que nous reconnaissons que les acteurs qui nous distribuent les cartes ne sont pas des arbitres impartiaux et angéliques mais des gamblers qui misent des ressources limitées mais massives sur des enthousiasmes mal fondés envers des formes ésotériques de prospérité. Alors nous devenons pessimistes et avons envie de larguer les amarres. Mais ce n'est plus possible de vivre au ban des protocoles de transfert. Tout se fait par connexions interposées. 

Nous devons donc faire contre mauvaise fortune bon coeurs et nous efforcer, au mieux de nos capacités, de percer à jour les non-dits et les impensés du réseau afin de pouvoir le renvoyer à ses propres imperfections et éviter que l'acquiescement généralisé ne se produise trop rapidement. À partir de là, il devient réconfortant tout de même de comprendre que la culture numérique c'est la reconnaissance que le paradigme représentationnel arrive en bout de course et que nous entrons dans le paradigme que Vitali-Rosati appelle «performatif». Ce qui veut dire que nous pouvons résister à l'imposition de pensées venant d'en haut, que nous ne sommes pas fatalement les esclaves intellectuels et physiques des bonzes de la Sylicone Valley ou de la NSA mais que nous pouvons détourner les mitraillages mentaux qui nous sont servis en pâture et les conduire à faire au moins chou blanc au lieu des milliars de soldats serviles de leur ambition qu'ils espéraient pouvoir enrégimenter.

Par sa résistance même, le livre nous amène à prendre conscience de notre difficulté à penser le numérique comme culture

Je dois encore justifier le fait de parler de co-édition en prenant appui sur un laboratoire vivant comme la phase 1 du B7.

Pour moi ce qui est intéressant c’est de souligner que c’est dans les pratiques intermédiaires que se trouve une part de la puissance révolutionnaire de l’alliage culture / technique.

C’est à dire que le livre demeure un référent important, comme une bouée nous aidant à nous y retrouver dans les méandres d’une réalité aux contours qui changent continuellement.

Mais le livre numérique peut aussi être un esquif permettant de nous y mouvoir car on peut l’habiter et il devient un atelier où on peut construire ensemble des projets dans leur contenu comme dans leur forme.

Certes, il faut parfois faire des escales sur d’autres sols, et faire appel à des charrues.

Mais on peut réembarquer dans ces bateaux et y contribuer au flux des vagues par le travail que nous faisons pour conduire notre navire.

On devrait parler de la manière dont le livre numérique contribue à façonner l’environnement numérique en tant qu’agent organiquement lié à l’écosystème dont il infléchit le développement parce qu’il implique qu’on recoure à telle plateforme pour le travail collaboratif qui lui donne lieu.

Vous répondrez que ce sont les sujets humains collaborant qui effectue le travail de façonnement de l’espace les environnant en mobilisant tels logiciels sur tels serveurs et en y agençant tels thèmes et fonctionnalités pour accueillir tels contenus et liens vers d’autres contenus.

Mais cette hypertextualité que le livre importe avec lui n’est pas dépendante uniquement des acteurs qui colligent codes et connaissances pour constituer des ouvrages. Elle relève d’une histoire de l’évolution de la culture de création des livres. Mais le livre numérique forme lui-même un milieu en tissant des relations entre des cadres et des capacités d’en sortir, en faisant d’entrelacer des clôtures et des trajectoires qui serpentent entre les mailles des filets de protection du code contre le copiage.

Finalement, le livre numérique est une invitation au voyage. C’est un poème qui ouvre de nouveaux territoires. Comme tout chemin il appelle une communauté de pèlerins. Mais il n’est pas dit que les ardeurs des plus grands mystiques auraient suffi à faire émerger la moindre ligne de livre numérique ou non.

Le fait que le livre numérique semble dénué de contours indique bien que la signification des objets et l’identité des êtres redeviennent des questions, des sujets à définir dans l’imaginaire collectif et ne peuvent plus être pris pour acquis

Étant donné que tout existant intégrant une dimension virtuelle liée à la multiplicité des sources d’influence qui le traversent comme faisceau en continuelle réorientation est par nature un organisme pluriel, présentant ou voilant de nombreuses facettes qui peuvent ou non lui demeurer attachées une certaine période de temps ou simplement l’accompagner dans son parcours (constitué de mutations et d’extranéations constantes, mais aussi de latences et d’oublis liés à une inertie des systèmes et des infrastructures, de même que des pannes des carburant symbolico-spirituels, comme l’imaginaire et les nouveaux langages du web et des alternets) , il devient évident que la dimension temporelle reprend une place de premier plan dans le contexte de la complexité qui se reconstitue du sein même de nos numéricités partagées ou piratées, même s’il semblait incontestable que la culture numérique est l’occasion d’un virage spatial. Le mot même de virage renvoie à virtu qui est la puissance de transformation qui est associée à la circulation du sens qui n’est pas univoque ni linéaire. Cette asymétrie du dire et de l’écriture renvoie donc à l’esprit du don qui était important pour Mauss mais qui fut largement réduit à l’échange économique par les interprètes. Et c’est donc le caractère dynamique d’une situation ontologique d’emblée ambivalente qui requiert que l’on pense le temps en relation avec l’espace et non pas celui-ci séparé du temps, comme si tout instant remettait les compteurs à zéro.

Certes c’est la façon dont nous habitons les espaces physico-numériques qui façonne l’organation spatiale de ces lieux.

C’est en partie vrai, mais en partie seulement, et cela fait toute la différence.

Car c’est le pouvoir de perdurer d’un moment à l’autre qui forme le coeur du problème de la reconstitution d’un territoire occupable en contexte hypermédiatique.

Il y a là la nécessité d’un saut tant philosophique que théologique et c’est une condition de l’existence même du réel qu’une puissance d’appréhension d’un sens de cette réalité inaliénablement intermédiaire entre la subjectivité d’une conscience et l’insaisissabilité d’une substance (ou d’une chose en soi). Or c’est précisément cet impératif fidéal (foi et idéal) qui fait que le rapport de notre interrogation sur l’utilité d’un logiciel – plateforme de co-édition comme Booktype pour un projet comme le B7 devient pertinente non seulement en elle-même (du moins pour celles et ceux qui sont intéressés au développement d’un processus de documentation des pratiques auxquelles ce projet donne lieu), mais encore au regard de la question posée par ce colloque concernant « l’intersection de l’édition et de la création ». Ce que nous disons est d’une certaine façon que le livre contribue à nous faire réaliser que le design - en tant qu’activité d’élaboration de modes de production de connaissances en gestation et en tant que culture d’une curiosité comme creuset pour l’advenir d’une nouvelle génération d’êtres, fruits d’une hybridation d’essences inédites et d’instances institutionnalisées, quitte à découler de leur déconstruction – est une fomentateur de culture numérique, tout comme il est un levain de sédition, puisqu’il éclabousse les credo en la «staticité» de toute chose comme il ouvre des brèches dans la tendance à l’auto-satisfaction, ce qui enjoint la créativité des hommes à recourir aux supports numériques de l’édition pour dépasser les limitations fonctionnelle de leur mode d’organisation politique et économique.

D’une autre façon, ce que nous disons est que – de manière analogue à la façon dont l’objet technique révélait l’être en se brisant – le livre comme institution révèle la rivalité de la culture numérique par rapport à la culture moderne manifestée par le règne des éditeurs sur les esprits, par le fait même qu’il résiste à l’avènement d’une culture numérique qui s’approprie le livre comme vecteur de déménagement littéralement de l’espace public vers les infosphères. Cela fait que c’est par la lenteur de sa migration vers ce nouveau cosmos que le véhicule livre montre sa vétusteté, dont il tente de faire une force, tel un fétiche.

Mais sa vraie force est qu’il convient toujours pour enrichir la dimension dialogique de la culture numérique qui s’instille comme sa vraie personnalité. Elle ne demande que la venue au jeu du meilleur moteur d’intersubjectivité, la lecture collaborative, co-créative, trans-écrivante.

La question du rôle du quartier comme découpe dans la matière vivante d’une ville, devient alors intéressante comme éprouvette de la difficulté d’intégrer tous les facteurs et paramètres concourrant à la formation d’un idéal-typique, dont nous pourrons extraire une interrogation sensée sur ce qui fait la recherche action, le désir de comprendre pouvoir de co-création du monde même au sein duquel nous nous commettons en nous efforçant de lui rendre justice.

Il y aurait encore énormément à dire sur la pertinence du livre numérique ou résistant à devenir numérique comme accès à une compréhension des enjeux liés à la transition vers une culture numérique.

La linogravure comme symbole de l'enlèvement de matière qui fait la forme en contexte hypermédiatique (élagage)

Les sciences humaines se prennent-elles pour d’autres en se laissant ainsi écarteler?

J’aurais envie ici d’invoquer Blanchot citant Mallarmé : « Impersonnifié, le volume, autant qu’on s’en sépare, comme auteur, ne réclame approche de lecteur…» («Les caractères de l’oeuvre d’art», chapitre 9 de L’espace littéraire).

Il me semble que du moment où l’on retient, pour faire le lien entre la multiplicité des facettes de ce monde sur lequel l’immersion dans l’univers numérique nous plonge, et la multitude des milliards d’êtres humains dont ce bain semble être le baptême de feu inéluctable, que la dimension collective des créations comme des réalisations plus pragmatiques est le fer de lance du caractère révolutionnaire de la culture numérique, ne serait-ce qu’en ceci qu’elle est constituée de la désignation de ce qui nous fait être humains, il apparaît clair que l’étude de la manière dont cette dimension collective se déploie suivant plusieurs axes d’exploration de cet espace en cours d’élaboration devient une priorité que nous sommes toutes et tous co-responsables d’assumer.

Et à cet égard, il me semble aussi important d’insister sur le fait que ce qui nous rapproche d’une certaine compréhension de ce qui nous unit, c’est l’acceptation de la diversité des formes d’engagement dans la quête identitaire qui nous distingue de nos cousins les animaux ou du moins de nos grands-pères, les pierres. Assini, comme disent les Innus.

Pour les chercheurs en sciences humaines curieux de culture numériques, ou pour les personnes qui sont des humanistes acceptant de s’aventure en territoire numérique (sachant bien que celui-ci se dessine « sous leurs pas » c’est à dire au gré des témoignages qu’ils inscrivent relativement à cette démarche, dont la plupart se font inconsciemment, mais dont la part qui affleure à la cherchabilité des moteurs ne doit pas être négligée), il y a la tendance à reproduire certaines divisions qui déterminent la civilisation occidentale : entre sciences, arts et techniques, pourrions nous dire. Et dans le domaine des sciences humaines, on se sent plus proches de la philosophie que de l’art, alors que dans le domaine des techniques on se sent plus proche de la conscience des intérêts réels soit de la raison ou du bon sens (en tant qu’on est attaché aux effets concrets de notre action) et que dans le domaine de l’art, on se sent plus proche de la littérature ou de la magie comme si on avait réussi à s’affranchir des contraintes arbitraires de la méthode scientifique, qui est finalement une institution humaine avec ses failles, comme tout ce qui est temporel et des limitations logiques de la technique qui est soumise à l’exigence de performance et d’efficacité dans une perspective de reproductibilité. Ici on vise l’émergence de propriétés inouïes, l’invitation du hasard sous la forme des accidents au Banquet de l’invention.

Mais ce sont des divisions qui se traduisent aussi au niveau du rapport des publics à la consommation de livres numériques. Ceux-ci semblent plutôt convaincre les personnes obligées de lire pour le travail que ceux qui lisent pour la détente ou le loisir, qui conservent une fidélité étonnante au papier.

Or, le livre numérique peut aussi bien servir pour une lecture continue que pour une lecture discontinue.

Il est étonnant que les romans soient, parmi les livres de loisir, avec les bandes dessinées, ceux qui aient le plus de succès, alors que les dictionnaires apparaîtraient les plus utiles, dans la mesure où ils pourraient aussi être mis à jouer et évoluer plus facilement.

Comme on a pu trouver arbitraires les distinction entre sciences, techniques et arts, on devrait trouver étrange que les lecteurs n’adoptent pas plus massivement le livre numérique. Le fait que ce ne soit pas le cas témoigne autant d’une résistance du milieu de l’édition et des auteurs à donner plus de place à ce nouveau contexte, que de la sensation de perte de contrôle de la population qui sent souvent le besoin de se réfugier dans un livre où les repères sont clairs que de se laisser déposséder de tout.

Le livre joue le rôle de rempart, mais c’est un rôle qu’on lui fait jouer

Qu’est-ce que le livre aimerait le mieux? A-t-on seulement fait l’effort de se mettre à sa place?

J’ai l’impression qu’il aimerait mieux pouvoir exister sous plusieurs formes dans plusieurs états et suivant de multiples incarnations, que d’être un exemplaire unique, autographe. Le livre aime être allographe par essence. Il veut le nombre et la qualité des autographes ensemble. Il ne cherche pas à produire des exclusions. Mais il entend être reconnu, espère qu’on le comprendra, et prie pour qu’on lui permette d’évoluer. Pourquoi lui refuserait-on cet état de grâce?

Tentative de reformulation : les livrels comme creusets d’une élaboration ...

En tout état de cause, ce que je voulais affirmer est qu’il y a des différences selon qu’on parle du livre numérique de consommation ou du livre numérique de production. Mais les domaines de la recherche et de la création continuent de conserver une aura particulière. J’aimerais que ce soit possible de prendre en considération la fonction centrale des ouvrages qui deviennent des laboratoires d’exploration en étant des incubateurs d’innovation sociale. On doit pouvoir co-agir dans un livre comme une cellule politique écrit l’histoire en résistant au pouvoir en place.

Alors si cette identité collective était en partie attribuable à une forme de mixture qui serait le carburant de la vie, comme l’éther ou l’influence au sens vague d’un courant d’énergie qui traverse toute la création, on pourrait supposer que c’est cet inconscient intersidéral qui donne lieu à toutes les formes qui émergent et que nous ne sommes que les media à travers lesquels ce fluide opère sont œuvre trans-ré-génératrice.

Mais nous n’en sommes pas sûrs, il y a du pour et du contre. Nous pourrions aussi bien nous leurrer.

Alors en quoi la résistance du livre numérique peut-elle nous aider à y voir plus clair ou – au contraire – à y voir plus clair?

Probablement qu’une raison du rejet de la culture numérique par les personnes qui ont une spiritualité assez forte est qu’elle donne l’impression d’imposer un obstacle de plus contre la culture de relations authentiques.

Des auteurs du Québec et d’ailleurs qui nous ont faire prendre conscience que nous n’étions pas le boutte du boute.

Mais la réflexion de Blanchot fait partie, s’inspirant de Mallarmé, des démarches de lucidité nous faisant réaliser qu’il y a probablement quelque chose qui cloche avec notre croyance que le monde a besoin des hommes pour aller de l’avant. Leonard Cohen avait écrit les Beautiful Loosers, les perdants magnifiques pour montrer comment la déliquescence de nos incohérences était ce qui montrait un peu notre magnificience, de sorte qu’il n’était pas nécessaire de nous mentir. Jack Kerouac a écrit les Clochards célestes, pour montrer comment l’amitié est la vraie source de la spiritualité, et qu’il ne faut pas craindre de buter son frond contre la surdité du monde. Camus disait la même chose environ à la même époque à travers toutes son œuvre, mêlant comabt politique, réflexion philosophique et création artistique, tout en les maintenant distingués.

Ne pouvons nous pas faire la même chose avec le livre face au numérique?

Enfin, ce qui semble important est de parvenir à cette attitude de disponibilité au présent en se servant de l’intranquillité dans laquelle nous met le remous culturel provoqué par le passage en trombes du hors bord technologique. Je ne suis pas sûre que le numérique soit la dernière vague qui fera chavirer notre chaloupe.

Mais il est possible que le maëlstrom dans le quel nous sommes entraînés nous donne l’occasion de constater ce que Poe avait observé dans la Nouvelle du même nom. C’était une analogie que McLuhan avait employée pour nous expliquer l’effet hypnotique des media électroniques.

Je me demande parfois si le soulèvement que les médias de masse ont pu permettre n’est pas en train de se retourner comme une crêpe?

Le livre numérique est-il le revers de la télévision et de la radio, le retour à le linéarité séquentialisée?

Peut-on designer des processus de co-écriture qui soient des contributions à la résistance nécessaire contre un tel retour à la mise en place de perspectives hégémoniques.

Comment éviter que ne revienne le pouvoir centripète des prisons de Bentham, où le Panoptique détermine les individualités, sans laisser de loisir à l’aura de l’autre de s’exprimer à travers nos propres sensibilités?

Un livre qui réécrit sans cesse le jourd’hui...

Pour donner une idée de la situation, imaginons un livre qui soit une histoire qui reflète toujours le moment présent. Éventuellement, on reconnaîtra des éléments de nos lectures précédente dans nos actuelles lectures. Mais ce seront en même temps toujours des histoires différentes.

C’est un paradoxe que le livre numérique incarne bien en marquant le pas. On voit bien qu’il ne vient pas de nulle part, et en même temps il est le digne héritier de la culture numérique qui semble tourner en rond.

On n’avance pas, mais on ne s’en trouve peut-être que mieux. Car cela nous donne une occasion de réflexion.

Voilà au fond ce que je voulais dire. Le livre numérique c’est notre histoire à raconter. Alors mettons l’épaule à la roue.

La culture numérique, en deux temps, trois mouvements
Premier mouvement : l’effervescence
Premier moment : la déception
Deuxième mouvement : la structuration
Deuxième temps : la consternation
Troisième mouvement : la sappe systématique

Notre situation : nous nous situons probablement à la charnière entre l’effervescence et la déception.

Nous entrons donc dans le cycle de la relève des défauts pour y pallier par la construction du mieux.

La culture numérique et la question du temps
Collaboration en temps réel et en différé
Sauvegarde de l’historique des transformations
L’importance de l’interopérabilité dans la culture du libre
Possibilité d’exportation vers différents formats
Possibilité de partir d’un fichier Word, ODT, ePub ou (depuis l’an dernier) InDesign

Clignotement du sens

Pour dire densément la culture numérique, il faut commencer par exposer quelques résultats de réflexions qui se sont produites au fil des ans parmi des chercheurs et des étudiants, qui se sont souvent inspirés des travaux d’artistes et d’écrivains, tout en conservant un souci de cultiver le sens critique.
Il convient sans doute à ce point de partir de l’idée d’hybridation des protocoles qui façonnent notre environnement et qui conditionnent notre action et qui font que les langages d’organisation de notre monde hypermédiatique sont aussi des systèmes de structuration de notre existence individuelle et collective.
Ce qui est intéressant pour nous de ce point de vue est que le fait de penser l’espace numérique (ou l’hypersphère) comme un espace architectural, comme le propose depuis des années Marcello Vitali-Rosati, est que cela nous remet face à notre responsabilité de nous approprier ces lignes de force distribuées et distribuantes qui concentrent des faisceaux d’attention et que l’on peut parfois infléchir en détournant notre attention de sorte que des plis se forment différemment dans ce tissu (qui n’est pas que de mensonges), de sorte que des mobilisation politiques peuvent récupérer des fermes de serveurs et des câbles de fibre optique, tout comme le Collectif 7 à Nous a pu se rendre propriétaire légitime d’un vestige du patrimoine industriel en le métamorphosant en fabrique d’autonomie collective.
Innovations sociale

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