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La co-édition grâce à Booktype au B7 : mise à l’épreuve du livre numérique

Objections

Les objections ne risquent pas tant de toucher le fait de vouloir mettre en valeur les activités qui se déroulent au B7, que le fait de se servir de Booktype pour parler de l'avenir du livre numérique.

Premier couple d’objections : relatif au design et aux fonctions

Première objection : l’adoption de Booktype n’est pas innovante

Essentiellement, le reproche ici est de ne pas miser sur la création d’une nouvelle plateforme qui mettrait au coeur du projet le design des interactions.

Ce n’est pas du design, semble-t-on regretter, on ne planifie pas d’interactivité du livre lui-même.

Cette première objection cible entre autres le fait que les formats d’exportation permis par Booktype (le PDF et l’ePub) sont des fichiers dont le contenu est statique et ne peut être modifié par les interfaces habituelles de lecture. De sorte que cette façon de produire des connaissances partagées ne tient pas compte de la nécessité d’intègre dynamiquement la mise en forme et la publication d’informations.

Or cette dimension dynamique du rapport aux contenus est au coeur du changement de paradigme introduit par la culture numérique. 

Deuxième objection : Booktype présente des limitations fonctionnelles 

La deuxième objection prolonge la première en déplaçant le focus du design peu innovant aux fonctions manquantes, d’un point de vue technologique. En gros cela revient à dire qu’il manque des fonctions de connectivité et d’interactivité qui sont une des caractéristiques de la littérature numérique d’après le bon sens et selon Marcello Vitali-Rosati également.
Par exemple, on peut déplorer qu’il n’y ait pas de dispositif de visualisation de données.

Cela fait écho aux commentaires du PDG de Hachette Livre, Alfred Nourry, qui a qualifié les livres numériques ePub de «stupides». Or, Booktype est conçu pour publier du contenu sous forme de livrels au format ePub. Donc ce serait un logiciel un peu bébête pour être gentil...

Deuxième couple d’objections : relatif au sens

La deuxième série d’objections part des lacunes au point de vue fonctionnel et approfondit la critique en ciblant le fait que cela ne semble pas avoir de sens de travailler des textes sans pouvoir y modéliser des flux de données, par exemple. Certes cela vise les insuffisances de la plateforme qui peut pourtant gérer une base de données pour tenir compte des contributions des différents utilisateurs, mais qui ne peut pas en soi effectuer des opérations poussées sur des éléments précis de ces informations.

Le CMS ne prévoit pas suffisamment de fonctions de balisage sémantique

On devrait plutôt organiser nos documents suivant un schéma TEI

Le reproche se transforme jusqu’à un certain point en critique des livrels au format ePub qui – selon une perception sans doute fort répandue – ne permettraieent pas un balisage sémantique assez poussé.
On pourrait se demander pourquoi tout n’est pas fait pour inciter les utilisateurs à adopter une manière de coder les livres numériques qui tient compte justement du fait qu’il s’agit de mettre en évidence ce que le texte imprimé laisse dans l’obscurité, à savoir quel est le sens du mot auquel on fait référence en particulier lorsqu’on parle de noms propres. Est-ce Jacques Godbout le réalisateur de films ou Jacques T. Godbout le sociologue? L’intégration des métadonnées, suivant les principes du web sémantique, qui demeure à construire, constitue une préoccupation légitime qui est plus pressante pour les chercheurs en sciences humaines mais qui n’est pas sans importance pour les acteurs de la société civile, dont les travailleurs communautaires.

L’interface de Booktype n’est pas WYSIWYM

Un corrolaire de cette première objection portant sur le sens au sens est de déplorer que l’interface soit de type WYSIWYM, ce qui ne favoriserait pas le développement d’une littératie numérique, car cela ne force pas les utilisateurs à se soucier de ce qui se passe sous le capot, lorsque des logiciels informatique doivent interpréter des fichiers pour en extraire des informations et les afficher à l’écran.

On regrette alors qu’il ne soit pas mieux équipés en fonctions de structuration sémantique des contenus, grâce à un environnement de type WYMIWYG (comme celui d’oXygen, pour le traitement des documents organisés suivant un schéma de la TEI, qui permet l’exportation au format ePub) ou qu'il faudrait qu'il soit léger commme l'éditeur Stylo qui est conçu pour fonctionner en mode WYSIWYM (What you see is what you mean).

Cette objection rejoint la prochaine, car elle sous-entend qu’il est relativement lourd pour un logiciel qui est dans le fond «vieux jeu», car il tire une partie de son attrait de ce qu’il offre une interface WYSIWYG...alors que ce sont les plateformes WYSIWYM qui nous permettent de comprendre que le balisage et la structuration des contenus sont essentiel dans un paradigme performatif, car c’est ce qui permet un traitement partiellement automatisé des données. De ce point de vue, il ne fait donc pas sens d’investir du temps dans Booktype (pour l’implanter, apprendre à s’en servir et le configurer selon nos besoins).

Deuxième objection de ce couple : il n’y a pas de sens à faire des livres qui ne sont pas connectés

La deuxième objection de ce couple peut être formulée dans les termes suivants : «si nous sommes entrés dans l'ère de l'internet des objets, on peut se demander si les livres non connectés ont encore un sens?». Elle s’attaque au sens même de la proposition de se servir de Booktype indépendamment du fait qu’il n’offre pas le balisage sémantique, mais davantage en rapport avec le fait que les livrels n’évolueraient pas nécessairement en temps réel, là où ils seraient distribués, en relation avec les changements qui y seraient apportés en leur espace de co-fabrication.

Troisième couple d’objections : fausse alternative et mauvais compromis

La troisième série d’objections consiste à remettre en question la valeur de la démarche en la dépeignant comme une fausse alternative ou un mauvais compromis.

L’objection de fausse alternative

La première objection consiste à déplorer que le recours à Booktype pour générer différentes versions d’un ouvrage dans plusieurs formats ne représente pas une véritable alternative au web 2.0 caractérisé par une surveillance généralisée. L’argument est que d’une part la solution ne repose pas sur des infrastructures différentes de ceux qui sont surveillés par le gouvernements, exploités par les GAFAM, et mal conçus au départ selon la perspective de Ted Nelson. que la plateforme soit installée sur des serveurs communautaires intranets ou régionaux (hébergement dans un serveur d’OVH à Beauharnois), ou qu’on ait recours aux serveurs de la communauté FLOSS Manuals francophone à partir de de la connexion internet commerciale du B7, voire d’ordinateurs personnels, cela ne suffit pas à constituer un réseau émancipé de la structure déjà vieillissante de l’Internet et des protocoles du web.

Une autre manière de formuler cette objection comme quoi cela ne serait pas une solution suffisamment autre (pas assez radicalement alternative) que de s’engager dans l’implantation d’un tel CMS pour faire de l’innovation sociale au B7, est que Booktype ne repose pas sur une infrastructure indépendante, que celle-ci soit centralisée ou, au contraire, un système de partage de type Peer-to-peer.

Le livrel au format ePub réalisé par Booktype est un medium «mitigé» (un mauvais compromis)

De nombreuses objections vont dénoncer le caractère mitigé de la solution mise de l'avant avec Booktype : Avec Booktype : on n'est plus dans le livre, mais on fait mine d'être encore dans le livre. Le nom même du logiciel l'exprime : c'est un livre, et c'est un outil pour produire des livres : «to type» : «pour taper» (sous entendu : à la machine à écrire). Mais «to type» est aussi l’opération de l’imprimeur : Utiliser des caractères imprimables pour réaliser un ouvrage...

On reproche donc à Booktype de ne pas renoncer à la filiation avec le livre papier.

Conclusion sur cette deuxiéme objection du troisième couple

Là est le point essentiel. Le fait que Booktype soit un medium qui semble mitigé constitue en réalité un argument en sa faveur. C’est parce qu’il ne prétend pas nous extraire du cycle des dépendances que Booktype a le potentiel d’éveiller suffisamment nos consciences pour que nous puissions contrer ces barrières de résistance. C’est que pour lutter contre les freins à une forme de libération, il faut coller au processus qui maintiennent des populations asservies. Et du sein de ceux-ci il convient d’apprendre à générer de la lumière, à distiller de l’espérance.

Mais nous verrons cela à nouveau en conclusion aux réponses à ces objections. Avant de passer aux réponses, il faut conclure sur les objections en tant que telles.

Conclusion aux objections

Le premier couple d’objections peut être relié au troisième qui consiste, entre autres, à dire que le format ePub est une version bâtarde de livre numérique car elle ne tient pas compte des propriétés de la lecture sur supports connectés. De ce point de vue cela ne valait donc pas la peine pour les éditeurs d’investir autant d’énergie dans cette norme ouverte, car malgré cette disponibilité elle est encore peu prisée.

Comme nous le disions, les objections présentées ici renvoient plutôt à la question de savoir si le fait de choisir Booktype est approprié dans le contexte de la transformation du livre à l'époque du numérique. S'il s'était agi de nous demander si le CMS répondait aux besoins pratiques de la communauté du B7, les objections auraient été autres. Mais ce ne serait pas une mauvaise chose pour les membres du B7 si les livrels qu'ils réaliseront concernant leur propre monde étaient en phase avec celui qui les entoure.

 

 

Il y a une erreur de communication avec le serveur Booktype. Nous ne savons pas actuellement où est le problème.

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