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La co-édition grâce à Booktype au B7 : mise à l’épreuve du livre numérique

Réponses

Réponses au premier couple d’objections : relatif au design et aux fonctions

Réponse à l’objection de manque de design (l’adoption de Booktype n’est pas innovante)

Le fait de ne pas être entremêlé trop étroitement à l’internet des objets en raison de l’adption de modes de co-composition assez conventionnels, allant de l’interface avec chapitres alignés à l’exportation vers des formats faisant l’objet de spécifications qui sont des normes ouvertes, cela permet de transporter et de lire alternativement de nombreux livres hors ligne, m [...]

Concession

Il est vrai que cette liberté (indépendance du réseau) a un prix. Cela ne permet même pas d’avoir des références conduisant d’un livre à l’autre au sein de notre bibliothèque locale, à moins que les livres aient été conçus spécifiquement en vue de celle-ci.
Nous sommes d’accord là-dessus, le passage au numérique devrait supposer, en principe (selon la philosophie de la méta-ontologie qu’est en train de développer Marcello Vitali-Rosati, l’abandon du paradigme représentationnel (au profit d’une prise de conscience de la dimension performative qui s’impose avec la pénétration de l’internet des objets).

Réponse à l’accusation de limitation fonctionnelle

On n’échappe pas à la finitude (il faut trouver une façon sensible et sensée de l’assumer).

Le fait que les possibilités de production de contenu dynamique est limitée avec Booktype ne doit pas être retenu comme une objection majeure contre l’adoption de cette solution pour une communauté de pratiques telle que celle du B7.
Le fait qu'il permette l'exportation vers plusieurs formats facilite la transition vers différentes plateformes de diffusion, y compris Amazon. Mais il faut ensuite voir comment le livre rend dans les différents environnements de consultation, sur les divers appareils permettant la lecture de livres numériques.

Or, le livre numérique, sous ces formes transitoires, aide à faire revivre une certaine forme de lecture au long souffle. On doit respecter l’apparition de formes de littérature qui s’inspirent de nos pratiques sur Twitter.
La langue courante se trouve transformée par des gestualités qui sont associées à des médias sociaux.

L’inventivité de la langue prouve que l’imagination populaire est inépuisable.

Mais le livre numérique est important car il a la même souplesse qu’un blogue ou un site web. En plus, il est d’emblée portatif... Et si on en respecte les spécifications et les recommandations, il est susceptible de devenir plus pérenne que ceux-ci.

Réponse à l’accusation de statisme

Il est vrai que la mot «dynamique» réfère à une propriété fondamentale de la culture numérique que la littérature numérique au sens stricte (e-lit) incorpore en offrant des situations qui permettent une interaction entre les lecteurs et le texte.
Les auteurs de littérature électronique ont rarement recours au livrel au format ePub pour réaliser des œuvres qui présentent des caractéristiques que seule  « l’informatique en réseau » permet de proposer (voir définition de l'e-lit par l'ELO). Mais il me semble que le fait que la culture numérique soit marquée par la personnalisation de sollicitation qui s’ajustent en temps réel à notre situation à travers la géolocalisation et l’évolution de notre réseau d’amis, n’a pas que du bon. Et ce qui est certain à mon avis est que la coupure par rapport au réseau qu’instaure la déconnexion est bénéfique notamment en permettant d’aménager de marges temporelles pour la réflexion, en plus d’incarner matériellement, la réalité physique fondamentale du numérique qui est de rendre possible la transformation de chaque état du système à n’importe quel point de la chaîne vue la discrétisation qui s’accompagne nécessairement d’un enregistrement qui fige artificiellement une composition des relations entre les éléments (sous la forme d’une série de valeurs numériques assignées à résidence dans une adresse au sein d’un répertoire). Le tout peut être réagencé très rapidement, mais pour qu’une volonté puisse intervenir sur ces organisations de données, il est nécessaire qu’une pause intervienne. Et la littérature numérique sous forme de livrels au format ePub permet particulièrement bien cela.

Complément

D'ailleurs, l'assertion voulant que les livrels ne soient pas interactifs n'est pas exacte. Les epub3 peuvent l’être en eux-mêmes, et la plateforme Booktype permet une interaction autour des contenus qui sont intégrés au livre sur lequel une équipe travaille. Il y a un suivi des modifications qui se fait de manière dynamique, et les versions peuvent être exportées sous différents formats pour être retravaillées à partir d’autres logiciels ou directement dans le code. De plus si on veut pouvoir constituer des connaissances fondées sur des méga-données et ayant recours à des dispositifs de visualisation sophistiquées, on peut recourir à Voyant Tools ou d’autres plateformes puis intégrer le nésultat de ces visualisations sous forme d’images dans le manuel, qui constituer une synthèse de différentes démarches.

Conclusion

Mais je suis surtout désireux de souligner ici que les livrels au format ePub pourraient être des espaces pour l’annotation et que des dispositifs pourraient être mis en place pour que les notes associées à des éléments du texte suivant un degré de granularité assez raffiné pourraient être ensuite chargé vers le site des éditeurs ou des auteurs qui s’auto-publient (ou des coopératives d’édition numérique qui s’entre-publient) pour que les apports des lecteurs puissent être relayés aux auteurs et contributeurs et que ceux-ci puissent en tenir compte en vue de rééditions.
C’est aussi pensable que des livres numériques puissent être forkés avec Git-hub et cela se fait comme on en vient d’en avoir une explication.
Et l’étape suivante serait de pouvoir avoir des variantes de livres qui seraient le fruit d’une appropriation collective par un groupe de lecteurs amateurs motivés qui partageraient une vision de l’orientation à donner au texte pour l’enrichir, le compléter ou le détourner.

Réponses au deuxième couple d’objections : relatif au sens

Réponse à l’accusation de manque de balisage sémantique

Premier contre-argument

Les valeurs de la culture du libre, outre le partage des connaissances, incluent la mise à disposition des populations traditionnellement exclues du processus de constitution des connaissances, d’outils leur permettant de participer activement à l’élaboration de celles-ci.

Deuxième contre-argument

Autre contre-argument : avec Booktype on peut accéder aux livres en navigant à travers les groupes membres de la communauté de pratique qui a installé le CMS sur son serveur. Ceci peut se faire lorsqu’on est sur les lieux ou à distance, si le serveur est rendu accessible par Proxy ou via le web tout simplement. Or, lorsqu’on navigue par des groupes, c’est déjà une manière d’accéder au contenu en fonction d’un contexte, ce qui est une forme d’organisation sémantique des connaissances très puissantes. Outre cela on peut leur attribuer des catégories, et s’entendre sur la nomenclature de celle-ci pour qu’elle permette de mettre en relation des manuels créés par différents groupes en fonction de leur type, de leur contenu ou d’autres critères (état d’achèvement, mode de réalisation, degré de difficulté).

Réponse au deuxième argument relatif à cette objection : pas un environnement WYSIWYM

Cette deuxième objection contre le format ePub, et plus particulièrement contre le logiciel Booktype (qui n’y est pas limité mais qui adopte l’approche WYSIWYG plutôt que celle de WYSIWYM (What you see is what you mean)) est plutôt «virtuelle» car, d'une part, peu de gens connaissent le logiciel stylo, en cours de développement en tant que projet de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques, et, d'autre part, le simple fait de développer l’habitude de baliser nos textes en markdown ne suffit pas à être juste dans l’attribution de métadonnées qui permettront de faciliter l’accès aux informations en tenant compte des contextes de diffusion et des besoins de pérennisation.

Concernant la comparaison avec la TEI

Quoi répondre à ceux qui objectent que « Les livrels au format ePub ne permettent pas un balisage sémantique aussi poussé que la TEI »

  • Attention : rien n’empêche d’intégrer le fruit de telles opérations par la suite.
  • Il permet le speed booking mais n’interdit pas le slow booking,
  • Cette souplesse dans les modulations temporelles de la collaboration est très importante.
  • Cela suppose une communauté qui maintient la plateforme.

Réponse à la deuxième objection de ce couple : touchant le manque de sens de cette solution

L’objection consiste ici à dire que cela n’aurait guère de sens d’investir du temps dans l’apprentissage de la co-édition avec Booktype : «si nous sommes entrés dans l'ère de l'internet des objets, on peut se demander si les livres non connectés ont encore un sens?»

Pour répondre rapidement à la question a question qui servait à exprimer cette objection, on dira : «Je crois que oui».

Concession : l’importance de la reconnexion

Certes, idéalement pour qu’il y ait un sens à faire des livres qui sont évolutifs (des work in process), il serait important qu'ils puissent être reconnectés par la suite.

Ce qui suppose qu'une image de leur état avant la déconnexion ait été prise pour qu'on puisse reconnaître les changements apportés de plus, si le lecteur les a annotés, voire modifiés.

C'est pourquoi je trouve important que l'on tienne compte des possibilités amenées par l'existence des plateformes comme Git pour constituer des versions de livres qui pourront se recouper avec d'autres pour revenir vers le tronc central après des modifications ou donner lieu à leurs propres branches.

Cela suppose que l'on considère les livres comme des documents vivants.

Illustration de la valeur de la réplique (un lien du B7 avec les humanités numériques)

Qu'est-ce que les logiciels libres permettent de faire ainsi expliqués? De nombreux types de «choses».… C’est donc un levier important d’innovation sociale. On revient ainsi aux humanités numériques par le bande du souci de s’organiser pour être en mesure de partager des connaissances.
Le B7 vise à fournir des équipements collectifs accessibles à coût modique pour la communauté du quartier de Pointe-Saint-Charles en priorité. Booki permet de rendre l’utilisation des logiciels libres comme Sigil plus accessible.

Ce n’est pas un mal de ne pas fournir toutes les fonctionnalités pour produire des contenus balisés :

cela force les utilisateurs à se préoccuper de cet aspect en amont pour s’épargner du travail en aval ...

On ferait mieux, d'ailleurs d'écrire les classes des éléments dans le texte même par des conventions d'écriture.
En prévoyant les fonctions et la charte graphique en même temps qu'on planifie l'écriture de l'ouvrage, chacun peut apprendre à penser comment appliquer tel nom de classe et identifiant à tel élément.

Cela fait partie des avantages de Booktype de nous mener à tenir compte du fait que ce n'est pas tout que l'écriture du contenu...

Conclusion

Concernant le manque de prévision du balisage sémantique, il importe de considérer que tout balisage sémantique doit faire l’objet d’une préparation et que cela peut permettre de pallier au fait qu’il n’est pas prévu ici de manière explicite. On peut s’appuyer sur certaines propriétés du logiciel généré pour mettre en place les mesures qui permettront de pallier à ce manque. Quant au fait que ce n’aurait pas de sens de faire des changements sans la connexion permettant qu’ils soient pris en compte en temps réel, il faut y voir encore une fois un faux argument dans la mesure où il doit y avoir une convention qui régit le moment opportun pour tenir compte des modifications apportées par les collaborateurs, pour que ceux-ci soient aidés et non dérangés dans leur travail.

Réponses à la troisième série d’objections

Réponse à l’objection du faible potentiel d’émancipation des GAFAM  (car pas vraie alternative)

Réponse à l’argument de fausse alternative

D’abord, le fait qu’il y ait différents formats de livres numériques est présenté ici comme s’il posait problème, car cela nuirait à la possibilité de mettre sur pied une alternative. Mais c’eût été pire s’il n’y avait pas eu la norme ePub. La lecture ne s’est jamais mieux portée que depuis que le format ePub existe. Et c’est une des pratiques les moins surveillées.
On pourrait le prouver.
Mais cet argument suppose qu’il ne faudrait rien tenter tant qu’on ne s’est pas entendu pour mettre sur pied une puissance de constitution d’un réseau centralisé susceptible d’acquérir une influence suffisante pour faire une différence dans les échanges internationaux.

Concession

Le mérite de cette objection est de mettre le doigt sur le fait qu’il faudrait se saisir de cette opportunité (le besoin de mettre en place une infrastructure pour l’édition collaborative au sein d’une communauté concentrée dans un certain territoire) pour choisir quelle voie on adopter : soit on crée une instance plus concentrée avec une organisation responsable de gérer l’ensemble des contributions via Booktype pour effectuer des rapprochements, permettre des effets de synergie etc. … ou alors, on mise sur l’autonomie radicale des individus et on permet une décentralisation totale des pratiques collaboratives en faisant passer celles-ci par des l’utilisation de réseaux informels utilisant le P2P.

Conclusion

Ce n’est pas parce que Booktype ne s’affranchit pas de l’internet que le choix d’utiliser ce système plutôt que celui de Google Docs ne constitue pas un pas dans la bonne direction.

Transition vers la réponse à l’accusation de mauvais compromis

Cette objection revient à une critique de la capacité révolutionnaire de Booktype. Le logiciel ayant recours au ePub mais aussi au PDF (une norme de facto mais un format qui appartient tout de même à Adobe) et à mobi, une version privative (le format de livres numériques de base produit par Amazon, qui ne peut être lu que sur Kindle) de l’ePub, ne serait pas assez visionnaire pour fournir une solution alternative aux réseaux sociaux, à la lecture en streaming de nouvelles générées par des algorithmes en fonction de nos profils et préférences implicites.

Réponse au reproche de mauvais compromis

Je trouve ici que la critique est plutôt injuste. Car on ne peut pas s’attendre à ce qu’une application soit la solution de remplacement aux monopoles de Google et demander pour ce faire qu’elle centralise toutes les informations au lieu de se dissiper en se dispersant, ou qu’elle emprunte la voie des transferts par torrents, pour éviter de requérir une telle centralisation. C’est là avouer qu’on ne sait pas ce qu’on veut, et admettre qu’il n’est pas de solution simple à des problèmes aussi complexes.

Et cette réplique nous conduit vers la réponse à nouveau à la deuxième objection de cette troisième série, celle de mauvais compromis.

On reprochait à Booktype, rappelez-vous, de représenter une solution mitigée pour faire entrer le livre dans l’ère numérique. N’osant pas complètement se défaire des attributs qui font un livre imprimé, les livrels au format ePub n’arrivent pas à tirer pleinement profit des possibilités technologiques du web. Et Booktype incarnerait bien cette ambivalence des technologies d’édition numérique, qui semblent embrasser timidement la révolution médiatique en cous. Or, nous commençons à comprendre que cette ambiguïté du livre numérique au format ePub est aussi une des forces des plateformes qui tiennent compte de l’existence de cette solution intermédiaire entre le livre application et la numérisation du livre papier. On ne sort pas du livre mais on amène tout de même le livre ailleurs. Et, sur cette route, le livre croise d’autres types de discours et formes d’expression.
Cela permet un métissage des pratiques et une hybridation des approches pour construire des Communs qui reflètent la réelle diversité des rapports que nous pouvons entretenir face (ou relativement à) nos contenus, sachant que c’est toujours une question délicate que de construire une manière de nous dire.
Tradutore, tradditore.

Conclusion aux réponses au troisième couple d’objections

Booktype n’est pas synonyme de Mankind, Mais c’est un genre de livre.
Et cela est bon à lire.
À partir de là, à nous de réfléchir et de nous entendre sur ce que nous voulons et pouvons faire afin de transformer la situation.
À mon avis, le fait de nous être concertés pour écrire quelque chose ensemble afin que d’autres puissent s’en emparer pour le porter dans une autre direction ç’aura déjà été un acte porteur d’évolution. Microtext écrit d’ailleurs, qu’ils peuvent utiliser Booktype pour créer des livres collaborativement.
Ce sont des livres publiés au format papier (comme ceux de Books on Demand), mais le fait qu’ils aient été écrits collaborativement constitue une différence fondamentale.

Conclusion aux réponses

Remarque (l’ePub est là pour rester et il continuera de grandir dans nos habitudes)

Que M. Nourry le veuille ou non l’autopublication représente déjà plus de la moitié de tout ce qui est publié dans le monde chaque année en format numérique. Et cette proportion est continuera inéluctablement à croître dans l’avenir, quoi qu’il en soit des apologies du papier, y compris pour sa solidité.

Pour l’instant le succès des livres numériques est sous-estimé car on ne prend pas en compte dans les statistiques tout ce qui est issu de l’auto-publication justement. Or c’était le cas pour 50 Shades of grey qui fut un des succès littéraires de la dernière décennie, comme chacun le sait...

Il y a une erreur de communication avec le serveur Booktype. Nous ne savons pas actuellement où est le problème.

Vous devriez rafraîchir la page.