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Restorative Stories

La fièvre

 

Sur le chemin du retour, quelque chose d”étonnant se passa : pendant 15 jours, je fus prise d”une fièvre immense. Un virus probablement attrapé sur Achanga, dans mon dernier bain de foule. Dans les 1eres heures, j”ai arrêté le vaisseau et mis en marche la navigation automatique. Cela déclanchait un radar à astéorides et un dérivateur à vitesse minimale nous orientant vers la maison sur le mode du flottement .

 

Les premiers jours furent particulièrement difficiles. Un délire chaotique de pensées en boucles incohérentes m”empêchaient de plonger dans le sommeil alors qu’une fatigue terrassante m empechait de me lever. J”arrivais à peine à changer de vêtements et de couvertures quand ceux-ci étaient trop trempées de sueurs pour que je puisse rester dedans. Je passais de période glacées qui me précipitaient a me couvrir du mieux possible à des périodes brulantes où tout en moi cherchant la fraîcheur. J'avais a peine assez de linge pour subvenir aux débordements sudorifiques de mon état, et surtout, j”étais trop confuse pour gérer cette rotation de linge de façonsensée.

 

Dormir était devenu une passion. Dormir, dormir. Réussir à dormir. Sombrer. Quand ce miracle se produisait, quand les délires ont accepté de se dissiper un peu, je me plongeais dans cette passion avec délectation. J’ai pu observer un peu de quoi parlait ces délires: de peur du retour, de sens du devoir, de sens du devoir associés au sens de ma vie, d”une vie associée au sens du devoir, d”une soif de paix, d”une soif de dépôt. D’une soif. Et se manifestait de façon très souffrante parce que j”étais justement en train de faillir à mes devoirs : je prenais du retard, j’avais une trentaine de communication à faire suivre, une dizaine de dossiers en cours et j”étais dans un état absolument trop dévasté pour faire quoi-que ce soit. Je n”avais même pas pu annoncé ni à la radio ni sur l’Ethernet que j”étais malade. Ceux qui attendaient de mes nouvelles étaient sûremen inquiets, furieux peut-être, blasés comme tout le monde…

 

Et puis, le 8eme jour, peut-être que à cause de la baisse du délire, de l”épuisement de sa logique ou de la finitude de son chaos (je ne pense pas y être pour quoi que ce soit) : je commençais à pouvoir dormir mais aussi, à être consciente, dans des moments d”entre deux, entre sommeil et réveil, de ce qui se passait en moi. Et là, une autre passion s”éveillait : celle d”écouter et de sentir ce qui se passait en moi : des courbatures dans mes jambes et dans mes hanches, une douleur dans le pieds gauche, peut-être parce que j ai laissé le pied droit l”écraser lourdement pendant trop longtemps, une digestion qui refuse de se faire, un estomac en grêve, des montées nauséeuses, un coeur qui bat fort et résonne dans mes yeux, une douleur lancinante derrière mes globes occulaires, un vertige qui prenait toute la place par moment et retournait à sa cachette juste après, mon système respiratoire totalement diminué, n”autorisant que quelque légers aller-retour entre mes poumons et l’air recyclé du p vaisseau. Tout changement de positions impliquait immanquablement des quintes de toux dévastatrices. Je me sentais chaque fois désolée de provoquer ces explosions ravageuses et j”apprenais peu à peu à les accueillir

 

Ce qui m”étonnait le plus c”est la joie que je ressentais à être présente à ce qui me traversait. Quelque chose en moi se réjouissait profondément de cette intimité inattendue. Un peu comme quand, enfant, j”étais heureux.se d”être malade parce que cela annonçait une attention particulière de la part ma mère. Sauf que ici, l”attention venait de moi-même. Quelque chose dans mon corps pétillait de joie à sentir cette présence si intéressée à vivre ce qui se passe en moi. Une réunion. c”était d autant plus étonnant que d”habitude, une maladie ou une blessure était pour moi toujours un moment de panique : la peur de mourir, la peur du déclin mais surtout, un sentiment de solitude ravageur : être seul.e avec la douleur, aller seul.e à l”hospice, et pour peu qu’on me demande de donner un contact intergalactique je ne savais en donner aucun, cela déclenchait immanquablement une petite attaque de panique.

 

Je croyais en ma solitude parce que je vivais cette désolation en moi-même, à l”intérieur de moi-même. Des ruptures intérieurs, des portes fermées, des mises à distance, entre ce qui veut simplement être et ce qui ne correspond pas aux normes ou aux attentes, aller ouste: exil ! Entre ce qui demande de l’attention et se fait dire que ce n’est pas le moment. Entre ce qui est fatigué et qui se fait dire que le courage et le dépassement de soi sont les valeurs suprêmes. Entre tout ce qui veut s”exprimer et doit généralement se soumettre à ma volonté.

 

Pendant ces 15 jours je ne pouvais plus rien décider, seulement écouter, observer ce qui se tramait à l”intérieur de moi. Et malgré la souffrance physique, ce fut toute une joie. De cette entente nouvelle, de cette intimité naissait un climat de confidence et de révélations. Quelquechose dans l’atmosphère du vaisseau relevait soudain du mystique.

 

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J'ai appris plus tard que dans d'autres villes,  la fiêvre avaient frappé. Comment se diffusait-elle ? L'ethernet pouvait-il être un courant infectueux ?

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