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Société post croissance

Chapitre 4 - Résonance et communs

 

L'objectif de ce chapitre est de tenter d'opérationnaliser l'idéal qu'on peut retrouver dans le terme de "résonance" à l'intérieur d'un ou des "communs politiques". Quels types d'organisations politiques encouragent la résonance ? Quelles conduites doivent-être valorisées ? Sur quelles vertus peut s'appuyer la notion de résonance ? 

Si la résonance peut être contrainte, on peut penser à la socialisation féminine, demeurent-il dans le fait d'être à l'écoute, d'être attentive et attentif, de connecter et de répondre au monde, autre chose qu'un simple processus de conditionnement socio-historique ?

La question est entière, puisque si la résonance n'est pas seulement réaction à un environnement qui assigne à certain.e.s la prise en charge de rendre le monde habitable et familier, il faut alors réfléchir à une forme de normativité plus englobante, qui encourage la réceptivité sans l'assignée à certains groupes et/ou identité.

Rosa l'a longuement montré dans ses écrits antérieurs, la question de l'accélération est au coeur de la modernité et constitue un des axiomes du productivisme capitaliste. Ainsi, il va de soi que réfléchir à un commun politique inspiré par la résonance implique une temporalité plus "humaine", qui n'encourage pas une compartimentation des rapports sociaux.

Une manière intéressante de réfléchir ces questions est l’approche du Buen Vivir, qui propose une ontologie relationnelle, très proche de Rosa, mais dans une perspective plus politique, telle que développée par les mouvements autochtones d'Amérique latine. Arturo Escobar, dans son ouvrage Sentir-penser avec la Terre, écrit: « On peine à poser les bonnes questions, notamment en ce qui concerne le territoire, les communautés, une nouvelle centralité politique des ontologies et façon de composer les mondes, dans la reconnaissance d’altérité radicale, d’une équité ontologique décoloniale, et vers un devenir « pluriversel » et relationnel plutôt qu’universel et mono naturaliste – le ressourcement des pensées critiques s’opère aujourd’hui à partir des luttes, productrices de savoirs ». Il met de l'avant l'importance des « pratiques communautaires », prisées autant par les autochtones en Bolivie ou en Équateur ou encore les afro-descendants mexicains, ou encore les féministes décoloniales.

Le concept de communalité fait référence à la propriété et à la gestion collective des ressources, ce qui le rapproche beaucoup des communs. Contrairement aux sociétés modernes, les sociétés autochtones n’ont pas reproduit les mêmes types de différenciation entre les domaines politiques, économiques ou culturels. Le pouvoir n’est pas aux mains d’un individu, ni d’un groupe spécifique, mais de la collectivité : le représentant dirige parce qu’il obéit. On peut penser ici à Pierre Clastres, La Société contre l’État. La communauté se trouve théorisée comme entité historique, hétérogène et traversée par le pouvoir, ce qui va à l’encontre de certaines approches qui affirment que la communauté est romantique, localiste ou essentialiste. Bref, c’est un « tissu que forment ensemble les gens […], un tissu social vigoureux qui se définit par la communalité, une manière d’être au sein de laquelle la condition communale, le nous, forme la première couche du sens de l’existence de chacun » (70. Je souligne). Les Zapatistes pensent ainsi la relation campagne-ville, l’alimentation, la connaissance, la guérison, l’habitant, et l’économie. On peut aussi faire les mêmes rapprochements avec plusieurs communautés du Mouvement des sans-terre (MST) du Brésil.

 Escobar donne ensuite l’exemple de la Comunidad Mujeres Creando Comunidad, mouvement de femmes qui met de l’avant le cadre d’une politique visant la dépatriarcalisation de la vie en conceptualisant le genre comme catégorie relationnelle de dénonciation, une mise en cause des patriarcats originaux, indigènes et populaires, et qui affirme aussi le besoin de communalité.

Le point de départ est « la communauté comme principe inclusif qui prend soin de la vie », à partir duquel on est à même de repenser la complémentarité homme-femme sans référence nécessaire au couple hétérosexuel. Il s’agit de repenser la complémentarité en général, la réciprocité et l’autonomie comme des alternatives à l’individualisme, et de développer un cadre d’action politique en vue du renforcement des organisations de femmes, basé sur les catégories de corps, d’espace, de mémoire et de mouvement. 

Enfin, cette approche découle d’une ontologie relationnelle qui affirme la relationalité constitutive du réel et des mondes qui le composent. En ce sens, les mouvements sociaux autochtones soutiennent qu’il existe de nombreux « mondes » qui, même s’ils sont interreliés, conservent leur spécificité. Ces mondes reliés ont souvent une dimension territoriale et communale (ex : communautés autochtones, afro-descendantes, paysannes dans les Amériques). Dans ces mondes, les territoires sont des espaces-temps vitaux d’interrelation avec le monde naturel.

À l’aune de ces explications, il y a, me semble-t-il, un rapprochement à faire entre des axes de résonnances existants dans de telles communautés et approches et le concept du commun.

Ainsi, ma question pour Rosa est la suivante : comment peut-on penser politiquement la création d’axes/espaces de résonnance, tel que semblent le faire le buen vivir et certaines pratiques des communs ?

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