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Société post croissance

*Contributions possibles en les indiquant entre parenthèses

Discussion autour du savoir émancipatoire


Parce qu’ils s’inscrivent dans une perspective de dépassement du capitalisme, on peut considérer que les travaux de Federici et Rosa ont une portée émancipatrice. La création et plus encore la transmission d’un tel savoir pose toutefois certains enjeux, notamment disciplinaires, épistémologiques et éthiques (voir notamment Freire, Gramsci, Illich).

« Il ne suffit pas en effet de ne pas répondre à une demande sociale préalable pour être “indépendant” par rapport aux systèmes de pouvoir, pour ne pas leur être soumis ou, plus exactement, pour ne pas être complice, d’une manière ou d’une autre, de leur fonctionnement et de leur reproduction » (Lagasnerie, 2017, p.40).

Donc, existe-t-il des conditions de création, de traduction, de transmission et d’appropriation d’un savoir lui permettant de le considérer comme tel? Jusqu’à quel point les concepts utilisés doivent tenir compte des réalités de l’oppression, être inclusifs, appropriables par toutes et tous ?

Afin d’explorer cette question, je me propose de mettre un pied hors du cadre académique pour apporter d’autres perspectives et mettre les concepts proposés par Federici et Rosa à l’épreuve de différents vécus individuels, en l’occurence ceux des participants à une démarche d’éducation populaire initiée par l’ACEF du Nord-de-l’Île-de-Montréal (qui est en soi un commun?). Cette démarche d’éducation populaire autonome s’articule autour du développement d’une pensée critique quant au système économique actuel. Elle vise à mieux comprendre les causes de la pauvreté et de l’endettement, à partir du vécu des personnes qui en ont l’expérience, à déconstruire le modèle économique actuel, à identifier les changements souhaités, à proposer des solutions et à mobiliser les personnes participantes pour une société plus juste. Amorcée il y a trois ans, cette démarche a déjà résulté en une critique du système capitaliste, l’exploration de différentes solutions dont les communs, puis la mobilisation autour du revenu de base.

Une rencontre avec les participant.e.s de la démarche de l’ACEF est prévue à la fin novembre. Cette dernière permettra de d’observer comment les concepts de résonance et de commun sont appropriés et « résonnent » auprès des participant.e.s.

Questions envisagées

  • Qu’est-ce que ça prend pour un rapport résonant au monde?

  • Qu’est-ce que ça prendrait pour avoir un commun réellement égalitaire?





Pistes de réflexion


En prévision de cette expérimentation, deux pistes de réflexion ont déjà été envisagées, dont les angles morts que présentent les travaux des deux auteurs quant aux personnes en situation de marginalisation. Certains d’entre-eux ont été approfondis par le biais de questions discutées en atelier de travail (en fin de document). À ces questions s’ajoutent d’autres thématiques, notamment le lien entre structure sociale et résonance, les limites de l’universalisme, la résilience et les communs de savoir.

La seconde piste de réflexion concerne plutôt les parallèles entre les perspectives et modes de création du savoir mobilisés par Federici (matérialisme historique), Rosa (idéologique) et ceux émanant d’une démarche d’éducation populaire prenant racine dans des récits de vie individuels. Une certaine parenté est en effet perceptible entre les trois démarches, du moins en ce qui concerne leur conclusions partielles ou formelles. Federici se penche sur le capitalisme, poussant plus loin les travaux de Marx en ce qui concerne notamment le travail de reproduction sociale, l’accumulation primitive et la technique. En résulte la nécessité d’une révolution par la rémunération du travail ménager et ultimement sur la création de communs pour dépasser le capitalisme (c’est vite dit!). La démarche de Rosa s’articule plutôt autour de la volonté de renouveler la théorie critique, par le biais notamment des concepts d’accélération et d’aliénation. Elle débouche sur des solutions partielles, soit le dépassement du capitalisme, la taxation du capital, le revenu universel. Elle mène en outre à l’ébauche d’une « sociologie » du rapport au monde avec comme élément central la résonance. (Extraits à ajouter)

Bien que la forme que prendra ce projet reste à déterminer, notamment à la lumière de la discussion prévue, l’objectif est de documenter l’ensemble de cette démarche quant aux enjeux et contraintes de la (co) création et de la transmission de connaissances entre chercheurs et personnes en situation de marginalisation.



Questions (et réponses à ajouter) concernant les angles morts de Federici et Rosa

1. Chez Rosa, la question des ressources est envisagée comme une forme de détournement de la signification de la vie bonne au détriment de la résonance. Mais l’accès à cette dernière ne nécessite-t-elle pas la détention d’un minimum de ressources, de capitaux (économiques, culturels, sociaux)?


 
  • D’abord, la perspective de Rosa implique une critique de l’accès asymétrique aux capitaux et de l’inégalité des chances vers la vie bonne. Le recours à un revenu de base serait donc en mesure de fournir des conditions minimales d’accès à la résonance, un plancher en dessous duquel cette dernière serait impossible (voir échelle de Maslow?). Il importe donc de traiter les inégalités, mais en gardant en tête que si l’accès à des ressources de base est nécessaire, il n’est pas garant d’une vie bonne. L’angle mort à cet égard demeure donc en quoi les inégalités de pouvoir influencent les conditions d’accès à la résonance. Il faudrait également distinguer la résonance comme relation au monde et comme condition d’accès à la vie bonne. Et si ces conditions sont matérielles, elles peuvent également être d’une autre nature, émotive, par exemple et prises en charge par le travail du care permettant une plus grande résonance. Et puisque la compartimentation sociale du care, de même que la capacité de résonance sont fortement liées à l’organisation matérielle de l’existence, il y a là risque de résonance capitaliste (voir Elsa Dorlin: Se défendre : une philosophie de la violence) Ainsi, pour que la résonance puisse avoir une portée émancipatrice, elle ne peut mettre de côté les inégalités structurelles au profit d’un rapport individuel et universalisé au monde. 

2. En quoi les cartes cognitives et évaluations fortes chez Rosa peuvent fournir une explication quant à l’aliénation des personnes en situation d’exclusion ou de marginalisation ?

 
  • Il semble d’un côté qu’une situation d’exclusion ou de marginalisation recèlerait un certain potentiel de résonance de par l’indisponibilité et l’étranger qu’elles induisent et qui sont, selon Rosa, sources d’opportunités et d’évaluations fortes. La souffrance aurait elle-même un potentiel de résonance. Néanmoins, les phénomènes d’écho, de violences cycliques et de violences symboliques associés aux situations d’exclusion ou de marginalisation peuvent créer un manque d’ouverture dispositionnelle et la reproduction de patterns qui sont des défis majeurs pour la résonance (voir extraits). Rosa s’inspire par ailleurs d’Adorno, pour qui les cartes mentales étant conditionnées par les sociétés dominantes, partir de la personnalité blessée ou de la singularité meurtrie ou marginalisé est une façon de faire état de la domination à travers une vision expérientielle.
 
3. Chez Federici, s’il est traité des questions féministes et colonialistes en lien avec le travail de production et de reproduction, qu’en est-il des personnes qui n’ont accès à aucune de ces formes d’activité ? En d’autres mots : comment exister quand on ne participe ni à la production, ni à la reproduction sociale ?

 
  • Il faut d’abord garder en tête que la précarité financière n’est pas exempte de la différenciation des rapports à la production et à la reproduction. Conséquemment, les femmes en sont toujours majoritairement en charge malgré la marginalisation. Chez Maude Simonet, il y a également mise au travail des personnes qui reçoivent de l’aide sociale en qui sont de ce fait engagés dans un travail de production ou de reproduction afin de toucher des prestations. À cet égard, et compte tenu du travail de production induit par la consommation et de celui de reproduction de ses propres moyens  d’existence malgré la précarité, si l’accès aux formes classiques est limité, toute personne est néanmoins assujettie à la production et à la reproduction sociale. De là une universalisation complète des revenus comme solution.
 
4. Si le commun implique nécessairement la réciprocité, la communauté et la démocratie directe, dans quelle mesure un commun peut exister en situation de profonde inégalité de ressources, d’exclusion préalable ou de mésadaptation sociale ?

 
 À suivre...
 
 
5. Comment le notions de care et de commun peuvent être envisagées quant à la prise en charge de la déviance et de l’exclusion sociale au sein d’une communauté?

  • Il serait en premier lieu important d’approfondir la notion de commun, au-delà des réflexions de Federici, car ses travaux ne constituent pas une thèse sur les communs mais se basent plutôt sur d’autres travaux, dont ceux de Massimo De Angelis, Peter Linebaugh (Dardot-Laval à confirmer). On peut néanmoins penser à certains droits, comme celui d’usage ou de glanage, exclus par le capitalismes, et qui étaient des formes de positionnement collectif face au droit de subsistance.
  • En ce qui concerne le care, il existe des exemples de mise en pratiques tels que les cliniques populaires et la DPJ alternative attikamek qui sont des structures mises en place par les personnes utilisatrices et qui répondent à des besoins identifiés par ces dernières. Ils présentent également une dimension politique dans la reprise de pouvoir par le biais notamment d’espaces d’autonomie. Chez Marie Garrau (politiques de la vulnérabilité), il s’agit de créer un commun différent pour lutter contre la précarisation induite par le système, tout en maintenant l’interdépendance entre les individus. Chez Rosa, la question de l’auto-efficacité permet d’envisager des relations significatives en dehors des sphères productives et reproductives, des espaces permettant de sublimer les blocages de résonance

Autres pistes en lien avec Rosa...

 

 

 

 

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