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Société post croissance

Discussion autour d'une alimentation post-croissance

Introduction

Pour la rédaction de ce chapitre, j'ai proposé à de jeunes agriculteurs, maraîcher et épicières de la région de Lanaudière de se rencontrer autour d'un souper discussion afin de réfléchir à une alimentation dans une société post-croissance. Ils.elles ont tous immédiatement accepté l'invitation avec enthousiasme.

 

Justine de Valicourt

Chefet permacultrice. Fondatrice de Les colibris: entreprise permacole à Saint-Jean-de-Matha

Sa vision: Vivre sa vie en permaculture afin de bien vivre et bien manger.

Son histoire: Après avoir enseigné et vécu au Danemark, c'est en 2018 que Justine décide de revenir au Québec et de devenir maraîchère en permaculture.

 

Ludovic XX, XX ans

Maraîcher biologique et propriétaire de la Ferme des Arpents Roses à Sainte-Mélanie

Sa vision: Se créer un mode de vie autour du projet agro-écologique familiale

Son histoire: Né sur la ferme familiale, c'est en XXXX que Ludovic reprend les rênes de la ferme alors que le fonds des terres est transformé en fiducie d'utilité sociale agricole afin d'en protéger la vocation agricole et écologique.

 

Annie Larouche-Ouellet

Épicière et cofondatrice de l'épicerie Vie &Cie - une coopérative de solidarité à Saint-Jean-de-Matha

Sa vision: Créer son emploi de rêve au travers une façonnée à notre image, à votre image et à l’image d’un monde plus écologiquement et plus économiquement responsable

Son histoire: Après avoir cofondé sa première épicerie zéro déchet, c'est en 2018 que l'entreprise sera transformée en coopérative de solidarité. Vie & Cie se veut un vecteur pour encourager une alimentation ultra-locale et responsable.

 

David Gadoury, XX ans

Producteur laitier biologique et copropriétaire de la Ferme de la Vallée verte à Saint-Jean-de-Matha

Sa vision: Manger moins, manger mieux.

Son histoire: Initialement mise sur pied par son grand-père en 1912, la ferme laitière a été transmise de génération en génération. D'abord artisanale et biologique, la ferme aura tenté l'expérience de la production laitière conventionnelle avant de revenir à une production entièrement biologique, sans hormones et sans pesticides. 

 

 

Aliénation et accélération

D'entrée de jeu, je leur présente rapidement les concepts d'accélération, d'aliénation et de résonance d'Harmut Rosa. Je constate rapidement que ces concepts résonnent beaucoup avec David.

 

Pour David, l'accélération est partout, et l'agriculture n'y a pas échappé. Cela se répercute non seulement au niveau technique - où il observe le phénomène d'obsolescence programmée sur les équipements agricoles –, mais aussi et surtout au niveau humain  : «  Dans le temps, les équipements utilisés étaient facile à réparer et à adapter.  Mon grand-père était moins bien équipé que moi, mais il avait une meilleure qualité de vie... dans le temps tu pouvais demander de l'aide à tes voisins, ils avaient le temps de venir t'aider... maintenant, c'est plus comme ça, t'as même plus temps de dîner... plus on s'automatise, moins on a de temps... côté psychologie, il y a une très grande détresse chez les agriculteurs. Quand il y a des malchances, tu ne peux même plus compter sur ton voisin pour qu'il vienne t'aider, parce qu'il n'a juste pas le temps... et c'est pareil pour moi... ».

Pour David, cette accélération et cette aliénation est présente dans toutes les sphères de l'agriculture  : «  L'interaction avec nos fournisseurs, nos représentants, nos employés est de moins en moins là... avant c'était comme une famille.. Aujourd'hui, la p'tite fille en arrière de la caisse à la coop... elle a plein de tâches à faire... elle n'a pas le temps de te regarder dans les yeux... et nous c'est la même chose... avec la paperasse, les courriels, la bureaucratie... même si on est juste fermier... on a tellement de choses à faire.... Plusieurs fermiers ne voient pas leur famille grandir et finissent par divorcer...  ».

Des quatre fermiers rencontrés, c'est pour David que l'aliénation semble la plus lourde à porter. On le verra un peu plus tard, que la question de la propriété privée et de la spéculation semble jouer un rôle important dans ce niveau d'aliénation.



Designer sa vie pour bien vivre.... et devenir agriculteur!

Pour Justine, si on désire avoir un modèle agricole qui est soutenable écologiquement tout en étant en mesure de bien nourrir les gens, il n'y a pas dix mille solutions... il faut qu'on devienne agriculteur. Cela fait déjà quelques années qu'elle travaille en permaculture et ce qu'elle réalise, à force d'expérimenter la permaculture ou d'analyser d'autres modèles bio-intensifs, c'est que ça prend plus de mains. Si on ne désire à la fois sortir de l'alimentation industrielle et mécanisée tout en continuant à bien nourrir les gens, bien il va falloir beaucoup plus d'agriculteurs.trices. En théorie, cette conclusion est intéressante, mais en pratique, Justine se questionne sur qui va réellement accepter de laisser son emploi bien rémunéré, ou son mode de vie citadin pour devenir agriculteur?

Pour Justine, à l'heure actuelle demander aux gens devenir agriculteur ou de produire une partie de leur nourriture est pratiquement impossible  : «  Tu ne peux pas le faire dans la société qui te demande d'avoir au moins une job, pis des fois deux ou trois, pis de répondre à tous tes courriels, pis de faire je ne sais pas quoi d'autre, pis d'avoir des enfants, pis de gérer le service de garde... C'est juste qu'il y a tellement de choses à gérer, pis d'un seul coup tu serais aussi censé être agriculteur. C'est un peu impensable.  »

Si Justine a pourtant décidé d'adopter ce mode de vie, c'est parce qu'elle avait envie de bien vivre. En effet, en découvrant la permaculture, elle a découvert une nouvelle façon de percevoir la vie et a réalisé qu'elle pouvait designer sa vie comme elle le voulait et selon les objectifs qu'elle avait envie d'atteindre  : «  En fait, moi j'ai décidé d'arrêter de faire de l'argent. Mon objectif c'est de vraiment bien vivre avant tout. Pour moi, ça passe par d'abord par bien manger.  »

Annie aussi réalise que ce qui est le plus important pour elle c'est d'abord et avant tout de bien manger, d'avoir une belle qualité de vie et d'avoir un travail qui donne un sens à sa vie. En fondant une épicerie sous forme de coopérative où les petits producteurs locaux ne sont pas que des fournisseurs, mais sont aussi des membres à part entière de l'épicerie, le projet prend tout son sens. Vie & Cie c'est une réelle petite révolution régionale qui va permettre de nourrir les citoyen.nes au travers une micro-économie ultra locale et à échelle humaine.

Ludovic abonde dans le même sens, depuis les débuts de son entreprise, il a toujours eu une vision assez communautaire de celle-ci  : les gens qui viennent travailler ici viennent chercher un mode de vie. Tous les employés demeurent sur la terre, chacun a son espace indidivuel, mais la relation qui s'est créée au sein de l'équipe dépasse largement la relation d'employeur employé. Ce qui anime toute l'équipe est ancré dans une vision forte d'une alimentation locale et responsable.

Il semble donc y avoir dans cette nouvelle génération de fermier à la fois une recherche de résonnance, c'est-à-dire un rapport à leur travail «  on veut créer notre job de rêve  », à leur vie «  on veut se créer un mode de vie, une bonne vie  » qui sorte de l'aliénation. David, qui possède la ferme la plus mécanisée, est celui pour qui l'accélération et l'aliénation semblent les plus contraignantes. Alors que pour Ludovic, Justine et Annie, on sent que leur mode de vie répond à un idéal qu'ils tentent d'atteindre en créant un modèle d'agriculture profondément à contre-courant de qui se fait à grande échelle. Malgré le fait que leurs projets s'inscrivent dans une société capitaliste, je constate qu'ils parviennent malgré tout à naviguer relativement à leur propre vitesse et selon leurs propres règles. En ce sens, leurs projets est également politiques  : il naît d'une démarche réfléchie et d'une volonté de développer des alternatives au modèle agricole actuel, ainsi qu'au modèle consommation qu'on nous propose.



Importance de se remettre à cuisiner pour soi et pour les autres

Pour Justine, si on veut renouveler ce que signifie «  bien vivre  » et si on désire retrouver notre sens de la communauté, il n'est pas obligatoire de vivre en communauté – ce qui serait utopiste –, mais il s'agit plutôt de (re)créer des occasions de cuisiner et manger ensemble.

Ludovic abonde en ce sens, pour le maraîcher, quand on cuisine et on mange ensemble, on ne fait pas que nourrir notre corps, on nourrit également la communauté et la culture de l'esprit de groupe. Sur sa ferme, tous les dîners sont partagés en commun selon un tour de cuisine – à chacun sa journée de cuisine. Ce moment de repas communautaire fait une immense différence dans les rapports interpersonnels qui se sont développés à la ferme. L'heure du repas, c'est l'occasion de parler d'autres choses que du travail, de faire des blagues, d'échanger, de s'amuser... Cela permet également de faire retomber les tensions qui sont inhérentes au travail en équipe. Quand il compare sa ferme à d'autres fermes où les gens mangent chacun dans leur coin, où dans des fast-food... il constate l'énorme atout que leur procure le fait de partager les repas du midi.

Justine pousse sa réflexion encore plus loin. Selon elle la société post-croissance va se réaliser quand on va se remettre à cuisiner, et pas seulement pour soi, mais aussi pour les autres. Ses réflexions font suite à une théorie selon laquelle, les humains ont commencé à se différencier des grands primates ancestraux, le jour où ils ont commencé à faire cuire leur nourriture. Cuisiner et faire cuire ses aliments implique de faire un feu, de le maintenir, de le protéger, etc. Cela crée en fait une accumulation de tâches qui doivent être réalisées en groupe et qui exigent de communiquer et de faire ensemble. C'est un moment d'échanges privilégié où l'on parle ensemble et où l'on éduque les enfants à la communauté. Selon cette théorie, on est être humain parce qu'on cuisine ensemble. Pour Justine, cuisiner est l'association parfaite entre nature et culture  : la nature arrive sous la forme d'aliments et en ressort, via les repas, sous forme de culture.

Face à une accélération et à une aliénation de plus en plus importante des repas, réintroduire des moments privilégiés pour cuisiner et manger ensemble pourrait représenter à la fois un moyen pour recréer une relation de résonnance avec notre alimentation et nos proches, et à la fois un moyen pour revaloriser le temps de reproduction associé à se nourrir et à nourrir les autres.

Annie est tout à fait d'accord avec cette idée, cependant comme elle le dit  : «  J'adore cuisiner! Mais ça prend vraiment beaucoup de temps!!! Là je me suis associé à un chef pour me préparer 2-3 repas par semaine... est-ce que ça compte?! Rires!  »

Imaginer une transition vers une société post-croissance, c'est donc aussi imaginer une réintroduction du cuisiner ensemble. Comment y parvenir dans une société où l'on manque cruellement de temps. Plusieurs idées ont émergé de la discussion. Dans la ferme de Ludovic, ce sont les dîners qui sont partagés ensemble. Dans la commune où Justine a habité, c'était les soupers. Dans les deux cas, une fois par semaine on a la responsabilité de préparer le repas pour les autres, le reste du temps on profite de ce qui a été préparé pour nous.

Est-ce possible d'imaginer un principe similaire en ville? Est-ce que les cuisines communautaires où les discos soupes répondraient à ce besoin? Qu'en est-il aussi de ces nouveaux condos en Australie où les appartements individuels sont plus petits et les équipements qui peuvent être partagés – telles les cuisines, les laveuses/sécheuses, jardins - , sont retirés des espaces privés pour être utilisés en communs? (Source) Est-ce que de penser l'architecture pour favoriser la mise en commun des tâches de reproduction, serait une façon de recollectiviser ces dernières? Si oui, comment s'assurer que ces tâches, et notamment celles liées à l'alimentation, ne se retrouvent pas encore sous la responsabilité unique des femmes?

Ces dernières réflexions sont intéressantes, car elles font le pont avec la vision de Federici sur la nécessité de ramener la reproduction au cœur de nos sociétés si on désire sortir du capitalisme. Cette idée résonne grandement avec Justine pour qui, dans une certaine mesure, le mouvement féministe a échoué  : «  On s'est dit que pour avoir du succès, il fallait sortir de la maison et gagner sa vie, et avoir une job de tête et pouvoir accéder à toutes les fonctions. Je ne nie pas que les femmes doivent avoir chances égales sur les hommes. Mais on aurait gagné la lutte féministe si on avait fait prendre conscience à la société que «  nourrir les enfants  », «  éduquer  », «  cuisiner  », «  transformer  », «  rester à la maison  » ce sont les jobs les plus importantes et les plus fondamentales dans une société.  ». Pour Justine, toutes ces responsabilités constituent les piliers de la société.



Vers un modèle autre que la propriété privée

Au cours du souper, une réflexion émerge, la spéculation à laquelle sont soumises les terres agricoles exacerbe l'aliénation entre les agriculteurs et leur terre, ainsi que l'aliénation dans les relations interpersonnelles. En effet, les terres agricoles prennent de plus en plus de valeur, à un point tel, où il devient très difficile, voir impossible pour un membre de la famille de racheter les parts de ses parents ou de ses frères et sœurs au prix du marché. Devant ses situations économiquement déchirantes, les relations familiales se retrouvent bien souvent aliénées à la possibilité de faire un important gain d'argent en vendant la terre au plus offrant.

C'est un peu la situation que la mère de Ludovic a voulu éviter en transférant sa terre dans une fiducie d'utilité sociale agricole. Dans la région de Lanaudière, elle avait vu plusieurs familles d'agriculteurs se déchirer suite à la mort des parents. Les terres ayant pris tellement de valeurs que les frères et sœurs désirant continuer à s'occuper de la terre n'étaient pas en mesure de racheter les parts aux autres membres de la famille et, finalement, les terres se retrouvent vendues au plus offrant, même si ce n'est pas dans la famille. Ces situations crées non seulement de grandes tensions au sein des familles, mais également au sein des communautés et du voisinage.

Réflexion  : Face à cette financiarisation de l'agriculture, une des possibles avenues serait de sortir les terres agricoles du marché économique en les transformant en FUSA. Cette approche permet de protéger à perpétuité les terres pour qu'elles ne puissent plus être vendues. Ce faisant la mise en fiducies des terres agricoles peut permettre d'éviter en partie l'aliénation des rapports familiaux. Cependant, tout n'est pas rose pour autant. Le cheminement par lequel on arrive à cette décision est également important. La propriété privée est présente partout dans la société et une partie de notre identité, de notre sentiment d'appartenance peut être lié à la propriété privée. Comment redéfinir son sentiment d'appartenance quand ce dernier ne passe plus par être propriétaire?



Pour différentes raisons, cette transformation est survenue très rapidement – moins d'une année. Et suite au processus, quelque part Ludovic s'est senti un peu déshérité. Non pas qu'il soit nécessairement matérialiste, mais la ferme, c'est «  chez lui  ». Il a beaucoup voyagé dans sa vie et il a vraiment un sentiment d'appartenance fort à cet endroit. C'est ce sentiment d'appartenance qui est plus ténu depuis la création de la FUSA.

Néanmoins, c'est en discutant avec Anne de La ferme Cadet Roussel qui est devenue une fiducie il y a une dizaine d'années, qu'il en arrive tranquillement à retrouver une certaine sérénité et sentiment d'appartenance. En effet, pour Anne la création de la FUSA a plutôt été l'élément déclencheurelle qui lui a redonné l'envie de prendre soin de la terre. Cette dernière a vu ses parents travailler fort, s'endetter.... et elle ne voulait se destinée à cette vie-là, dans ce stress, dans cette tension-là. En créant la fiducie, cela lui a permis de s'assurer que la ferme, la terre, tous les efforts et le travaille qu'elle y investirait aurait une poursuite assurée dans le temps. La fiducie, ce n'est pas qu'une simple entreprise dans laquelle tu travailles fort et qui, au moment de la retraite, risque de se terminer ou de sortir de la famille.

C'est un peu le cheminement que Ludovic est en train de réaliser. La création de la fiducie permet de sortir du rapport où ton travail fini quand tu prends ta retraite. Il s'agit de voir son travail et son implication comme étant maintenant réalisé POUR la ferme, POUR une entité qui va rester là, à perpétuité.

Pour Ludovic, le fait que la Ferme des Arpents Roses soit son entreprise à lui et que la fiducie des Vallons d'en Haut soit propriétaire des terres, ça crée une certaine sécurité pour la terre. En effet, son entreprise pourrait faire faillite, mais en aucun cas, ça ne mettrait en danger la terre. Pour lui, il s'agit là un des aspects important, car en fin de compte c'est là l'objectif de la fiducie  : de protéger la terre.



Annie comprend tout à fait le sentiment de détachement à la propriété que vit Ludovic, car elle a vécu un sentiment similaire lorsqu'elle et sa partenaire ont transformé leur épicerie en coopérative. Même si théoriquement elle comprenait la démarche, émotionnellement cela lui a demandé un lâcher-prise auquel elle ne s'attendait pas. Elle avoue avoir eu ses moments d'hésitations, car concrètement, tu travailles corps et âme et au final rien ne va t'appartenir. Cependant, à sa grande surprise une fois ce détachement réalisé, elle a ressenti une immense libération. Comme si tout le fardeau de l'entreprise ne reposait plus sur ses épaules  : «  WOW!! Ce fardeau là en moins, c'est beaucoup plus grand que le fait de posséder! La libération et la déresponsabilisation qui vient avec, je trouve que ça a une importance capitale!  ». En somme, en lâchant prise Annie y a trouvé une plus grande sérénité et une réduction importante de son niveau de stress.



Quant à David, il est également d'accord avec cette idée. Dans son cas, il partage la ferme avec son frère et il préfère posséder une plus petite partie de la ferme et ne pas avoir le fardeau de l'entreprise sur ses épaules. Selon lui, ce lâcher-prise amène un grand changement dans sa relation au travail. En étant détaché plus détaché, il réalise son travail davantage par plaisir, dans le moment présent, au lieu de s'investir pour rembourser des prêts. En sommes, il considère que ça permet d'avoir plus de plaisir et de travailler à son rythme, à sa façon.



À l'écoute de la discussion, Justine se questionne de la différence que le fait de ne plus être propriétaire  : est-ce que cela fait perdre le thrill d'être la chef? Elle se pose cette question, car dans son cas, si elle est entrepreneure c'est que quelque part elle a envie de bâtir quelque chose et d'être un moteur dans ses projets.

Pour Annie, ce n'était pas tant le besoin de bâtir, mais plutôt de répondre à un besoin non comblé. C'est parce qu'il n'y avait pas d'épicerie biologique et locale qu'elle a démarré l'épicerie et qu'elle la transforme aujourd'hui en coop. Elle et sa partenaire vont assurer la codirection les premiers temps, mais dès qu'une autre personne sera en mesure de prendre la relève, elle va laisser sa place et faire autre chose. Qui sait boulangère ou service à la clientèle!

 

Comment réinventer le rapport ville-campagne



Lorsqu'elle enseignait au Danemark, les étudiants de Justine avaient proposé de mettre sur pied un équivalent du service militaire obligatoire, mais appliqué à l'agriculture. Une espèce de service agricole obligatoire où on doit passer une année de sa vie à travailler dans un champ. Cette approche a ceci d'intéressant que ça permet à tous de se (re)mettre les mains dans la terre et de se reconnecter à la nature. Ce qui pourrait répondre à ce besoin des citadins de recréer ce rapport à la nature, de travailler avec ses mains.

Une autre approche discutée consistait plutôt à créer un deux semaines de vacances par année consacrée au woofing.

Annie aussi trouve cette idée intéressante. Elle qui a toujours cru que tout élève devrait aller passer au moins 3 mois dans un autre pays. Alors elle peut très bien s'imaginer que ces trois mois pourraient être faits ici au Québec, dans des régions rurales.

Il n'en demeure pas moins que certaines contraintes existent  : quelle est l'autonomie des stagiaires, quel type d'encadrement serait nécessaire de la part des agriculteurs. Car pour Ludovic, les équipes de maraîcher sont en porte déjà beaucoup sur leurs épaules...

Pour David, une telle main d'oeuvre s'applique bien pour du travail de corvée, mais pour des fermes plus mécanisées.. le travail est trop technique. Cependant, dans une éventualité où dans une société post-croissance il n'y a plus d'électricité, là il y aurait de nouveau un besoin pour des tâches manuelles répétitives (traire les vaches à la main). Mais tant qu'on aura de l'électricité, ça n'est pas un besoin.



Pour Justine il est vrai que le manque de connaissance des jeunes urbains demeure problématique. Dans un contexte où la personne doit désherber un champ de carottes sauvage, si cette dernière ne sait pas différencier une marguerite d'une Paquerette... cela représente un gros obstacle, car ça demande énormément de temps de formation.

David a déjà expérimenté le travail avec des stagiaires et cela n'a pu se réaliser avec 1 ou 2 stagiaires du secondaire (13 à 17 ans). Un à un ça va super bien, mais plus que cela, ça demande trop de présence.

Dans un tel contexte, un jumelage à long terme serait beaucoup plus réaliste. Pour Justine, l'idée d'avoir les mêmes personnes qui reviennent chaque année pendant deux semaines, ils vont s'approprier la routine.



Ludovic a pour sa part expérimenté les woofers sur sa ferme... et son constat, c'est qu'il n'a plus vraiement envie d'avoir des woofers. Bien sûr, il y d'excellentes expériences, comme il y en a des moins bonnes, mais ça demande tellement de temps, de structures. Que ça devient trop exigeant pour de petites fermes. Même si on avait un programme national de woofing obligatoire, actuellement il ne croit pas avoir la structure nécessaire pour supporter l'encadrement de cette main d'oeuvre.

Pour Justine, ce qui serait plus adapté serait qu'une ferme s'inscrive dans un système qui lui permette d'indiquer les périodes où elle a de réels besoins de main pour du travail manuel simple. Le principe consisterait donc adapter le «  bénévolat  » aux saisons et au rythme des agriculteurs.



Pour Justine, cela existe encore dans les communautés autochtones où traditionnellement l'école est fermée pour aller chasser. Et même au Danemark où il y a la semaine de la patate où toutes les écoles sont fermées, car tous les étudiants étaient réquisitionner pour aller récolter les patates. La semaine de congé en octobre est demeurée, même si plus personne ne récolte la patate. Néanmoins, ça donne la possibilité d'imaginer un congé étatique où tous les citoyen.nes sont invités à participers à la récolte du moment.



On pourrait ainsi imaginer de remplacer des congés commerciaux par des congés agricoles. Pour Justine, ce n'est pas demain la veille. Par contre pour Marie-Soleil, il s'agit parfois de simplement créer un précédent pour donner l'inspiration à d'autres de faire de même. On pourrait facilement imaginer un partenariat entre une école primaire de la région et des fermes locales où dans la formation scolaire on a joute une formation liée à l'agriculture, ainsi que des stages répondants aux besoins des maraîchers locaux et des «  congés  » adaptés aux moments des récoltes.



IDÉE  : Les angles morts des régimes alimentaires végétariens et végétaliens

Dans l'analyse des rapports entre la ville et la campagne, Justine soulève un autre aspect qui est lié aux régimes alimentaires. Notamment, le véganisme qui est un phénomène principalement citadin de personnes qui ne sont pas en contact avec la nature. Les aliments, dont les aliments biologiques, sont dépendants d'intrant animal. Pour les véganes c'est donc comme si le dommage collatéral lié à la fertilisation des légumes biologique est moins important que le dommage réel. Donc le céleri qui a poussé dans un fumier de poules, qui a contribué à la mort de plein de poules, est moins grave que le poulet que tu manges.

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Les citadins ne sont pas en contact avec la nature et ils se créent une vision de ce qu'est une alimentation écologique et responsable, notamment par l'adoption de régime alimentaire végétarien ou végane. Hors ces approches mêmes si elles ont des objectifs très louables, comportent néanmoins des plusieurs angles morts.

Notamment, le fait que la grande majorité de l'agriculture biologique est actuellement totalement dépendant d'intrants d'animaux industriels. Ils vont donc éviter de manger de la viande, mais vont manger des aliments biologiques produits de manière industrielles qui nécessites des intrants d'élevage de poules industrielles qui sont nourries aux OGM et qui ne peuvent pas se retourner sur elles-mêmes. Ou encore, ils vont manger des noix, légumineuses, fruits ou légumes qui proviennent de l'agriculture industrielle dans les pays du sud qui ont détruit des forêts sauvages et causé la mort des milliers d'animaux. Que l'on parle des avocats, ananas, quinoa, amandes, etc.

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Pour Ludovic, le végétarisme et le végétalisme sont des luxes qu'on peut se payer nous ici parce qu'on peut se permettre de manger de la nourriture qui vient d'un peu partout.

Pour David, il faut cependant bien distinguer la viande industrielle de la viande de petit élevage. Car continuer à manger de la viande industrielle a un immense impact social et environnemental également. David croit qu'il n'est pas impossible d'imaginer une agriculture à petite échelle qui ne soit pas dépendante d'intrant animal  : en travaillant avec des jachères, des engrais verts, des légumineuses pour ramener de l'azote. Et il est vrai qu'en permaculture, l'introduction d'animaux dans le cycle de production est un cycle qui fonctionne bien et qui a bien fonctionné depuis des centaines d'années. Cependant, il croit ne croit pas qu'il soit totalement impossible d'imaginer une agriculture bio à petite échelle qui ne soit pas dépendante d'intrant animal.



Pour David, il y aurait possibilité d'utiliser en cycle fermé nos propres intrants (urines, déjection), mais à partir du moment où tu produis pour d'autres personnes, on devient en manque de nutriments et on a de nouveau besoin de compléter avec d'autres intrants.



15:00 - David - réduire notre apport en alimentation pour avoir plus d'énergie

Pour David, un sujet que l'on n’aborde pas du tout, est celui de promouvoir une alimentaire moins calorique. Diminuer la quantité de repas que l'on consomme par jour peut être avantageux. En réduisant la quantité de nourriture, oui de malbouffe, mais aussi en général. Pour David, aujourd'hui, on manque beaucoup pour se sécuriser ou pour se «  remplir  » émotionnellement. Avec les modes de vies accélérées et bousculées où on manque de temps pour s'amuser avec nos enfants, où on fait un travail que l'on n’aime pas, où on vit du mal-être intérieur, la nourriture devient un moyen de compenser ce mal-être. Or pour David, si chacun avait la possibilité d'être en contact avec la terre, de se reconnecter physiquement avec la nature quotidiennement ou hebdomadairement. Cette carence de nature, qui a pourtant fait partie de nos vies pendant des millénaires, a été perdue et a des conséquences importantes sur notre qualité de vie, car elle avait une capacité nourrissante sur notre physique et notre psychique. En ayant des modes de vie où on est quotidiennement en contact avec la nature, où on est bien émotionnellement, réduit la nécessité de manger.



16:00 - David - Contact avec l'environnement, la joie intérieure nous nourrit. l'alimentation bio industrielle. Quand tu plantes tes plantes toi même, tu y mets tellement d'énergie et d'amour... ça nourrit plus ... car on mange l'émotion de l'aliment... c'est meilleur. Quand tu fais de l'amour... 

Pour David il existe également une énorme différence entre le fait de manger du bio industriel et de manger du bio que tu as fait pousser toi même. Quand tu prends soin de ton jardin, les légumes que tu manges ont été nourris avec amour et quelque part, on mange aussi cet amour qui a été reçu par l'aliment. Pour David, cela n'est pas encore scientifiquement prouvé, mais il croit que ce le sera un jour.



Néanmoins, pour Annie il est incontestable que le goût des légumes produits avec amour est bien meilleur!:)



RÉFLEXION  : Ici, l'idée d'une relation résonnante dans l'agriculture va donc à un degré plus profond. Non seulement il existe une relation de résonnance entre le maraîcher et les aliments qu'il produit, mais cette relation résonnante influencerait même la valeur calorique et/ou nourricière de l'aliment. Au point, où David est en mesure de ressentir cette différence lorsqu'il mange les légumes de son propre jardin.

 

IDÉE  : La valeur nutritive des aliments biologiques industriels est moindre

On ne fait pas que manger l'aliment, on mange aussi les conditions de production des aliments. Un aliment qui a été produit avec amour, attention est réellement meilleur. Mais les gens qui n'ont jamais mangé une pomme ou un piment qui ont reçu une telle attention ne savent même qu'il y a une différence.



«  l'agriculture bio conventionnelle, c'est une culture qui tue le sol....  » - Justine

Dans son livre, Dan Barber, ne parle pas directement de permaculture, mais il fait une agriculture bio amoureuse. Et dans son livre plusieurs éléments l'on marqué dont notamment un test qu'il fait pour comparer le taux de sucre des carottes qu'il produisait avec des carottes bio produites au Mexique.

Pour Justine, c'est toute la vie du sol qu'on oublie. L'agriculture bio conventionnelle c’est une agriculture qui tue les sols complètement... qui les appauvrie de tous leurs microorganismes, champignons. À la fin, tu te retrouves avec un sol mort qui essaie de faire pousser un légume. Et ce légume, bien il est malade... il n'a plus de sucre à l'intérieur... et ça, c'est prouvable scientifiquement. Pour Justine nos sols sont de plus en plus délavés par la façon dont on les cultive.

Et pour David, plus nos terres deviennent vides et comme des passoires, plus on les fertilise et plus tout cela se retrouve dans nos rivières.

Comme l'explique Justine, l'agriculture bio à grande échelle, passe le tracteur constamment, pour enlever les mauvaises herbes, pour tourner la terre. Finalement, cette approche dérange tellement tout le temps les micro-organismes, qu'il n'y a plus de vie.



Ludovic apporte néanmoins une certaine nuance. Lui n'est pas en faveur de dire que les tracteurs et le sarclage ce n'est pas bon. Mais il est vrai que l'agriculture bio à grande échelle c'est une pâle couleur du bio  : «  c'est l'adaptation du conventionnel, mais avec un greenlabel.  » - Ludovic



Pour Justine, l'argument selon lequel ça prend moins de superficies pour nourrir un végane que nourrir un mangeur de viande, ça ne fonctionne que dans une logique industrielle où tu sépares les éléments. Si tu sépares tes vaches et que tu leurs amène du grain qu'elles ne sont pas supposées manger, bien sûr que ça va prendre plus d'hectares. Mais une fois qu'on remet éléments ensemble, la vache ne nécessite pas plus de terrain.







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