Sites


SOL France - Organisation apprenante

Co-Design de la recherche

 

Constat

 

Accélération de la transformation digitale, 

Remise en question des modèles classiques d'organisations (Mintzberg, date, Geetz, date....), vers un idéal d'organisation apprenante (Senge), voire capacitantes (Véro et Zimmermann, 2018).

 

 

Enjeux

 

"Le niveau mundo concerne l’ensemble du monde formant un système complexe. Ce sont tous les équilibres qui composent les relations au monde. C’est la nature qui nous abrite, la planète, Gaia dont tous les phénomènes sont inséparables". (Cristol D, Hamed L2019) Il s'agit de prendre en compte les événements et les processus d'apprentissage dans leur contexte global et complexe au délà de l'organisation. C'est l'organisation dans son environnement.

Pendant la réalisation de cette recherche, la période de confinement a été une période unique de l'histoire dans laquelle près 4 milliards de personnes se sont trouvées confinées en même temps. En l'espace de quelques jours, des organisations dans le monde entier, pour pouvoir continuer à fonctionner, ont modifié leur façon de travailler. Toutes les communications ont basculé vers le numérique. Certaines étaient déjà préparées, comme les organisations internationales ou celles qui sont réparties sur plusieurs territoires. Cette transition en fonction de la maturité digitale des organisations, a été vécue de manière plus ou moins violente et dure pour les collaborateurs. Nous étions tous dans la même situation, à savoir obligé de travailler, de communiquer, d'échanger et aussi d'apprendre à travers les outils numériques.


L'effet que tout le monde doit apprendre et se transformer en même temps. Un mouvement et une énergie collective (voir si Bénédicte a des articles sur la synchronisation)

La crise sanitaire et le confinement a rendu les interactions en présentiel entre les individus.

Il s'agit là d'un événement externe à l'organisation qui est subi. Il n'était pas anticipé et ne faisait certainement pas partie des stratégies et de la vision 2020 des organisations.

Il y a eu un besoin d'adaptation et de réajustement des pratiques et cela a partagé au niveau mondial. (Culture Partagée?)

Au niveau macro : vers une société de l'apprenance

méso : créer les conditions d'une apprenance collective

micro : développement personel et professionnel 

 

Questions de départ

Comment les 5 disciplines de Peter Senge (2016) se retrouvent-elles dans les processus d'apprentissage organisationnels ?

Hypothèses de départ :

Les 5 disciplines de Senge permettent de qualifier une organisation apprenante 

L'apprenance collective se situe au niveau méso de Desjeux

 

Revue de la littérature 

L'organisation apprenante, ....

 

 

Questions de recherche

Comment l'approche par les 5 disciplines de Senge permet-elle d'identifier une apprenance collective ? 

 

 

Méthodologie

Apprenance, concept au Croisement de deux disciplines : Sciences de gestion et Sciences de l'éducation et de la Formation

Approche inductive et qualitative. 

Constitution d'un chercheur collectif qui décide de s'appliquer les 5 disciplines

Partage des concepts et fertilisation des disciplines : une approche trans, inter ou co-disciplinaire ? 

Constitution de l'échantillon : Recherche de variété des entreprises, personne en charge d'une équipe 

Co-élaboration d'un questionnaire sur la base des 5 disciplines 

 

 

La recherche s’inscrit dans le cadre théorique des « environnements capacitants » (Falzon, 2005 et Fernagu-Oudet, 2013). Rappelons que Pour Falzon, « les environnements capacitants sont des environnements qui fournissent aux individus l’occasion de développer de nouveaux savoir-faire et de nouvelles compétences, d’élargir leurs possibilités d’action, leur degré de

Elle se situe dans la mésologie de l’apprenance à l’interface entre des dispositifs pensés pour favoriser l’apprentissage (intention des organisateurs) et des trajectoires individuelles  (intention des apprenants).

Le design de la recherche

Un des éléments clés du design de la recherche repose sur la création d’un « chercheur collectif », qui approfondit la méthode de la recherche préalablement citée et qui s’inscrit en résonance avec les concepts d’apprendre en équipe de « l’organisation apprenante ». Il s’agit donc d’une recherche collective. Le « chercheur collectif » est constitué de 32 consultants, ou collaborateurs d’entreprises membres de S.O.L France et animé par un noyau dur de chercheurs. Il participe et donne son avis, au fur et à mesure de l’enquête, sur la conduite de celle-ci. Chaque chercheur s’engage à mener de 2 à 4 entretiens semi-directifs. Pour se qualifier dans sa méthodologie et dans sa posture de « chercheur collectif », les membres participent à une formation  à la recherche (7 réunions et des travaux pratiques) qui consiste à maîtriser  : les concepts explorés, les bases de l’épistémologie, la posture de chercheur, la construction d’un questionnaire, la conduite d’un entretien, la retranscription et l’analyse. Les réunions du « chercheur collectif » réunissant des participants en présentiels et en ligne sont toutes enregistrées. Ce qui présente l’avantage de faciliter l’inclusion de nouveaux participants qui ont la possibilité de rattraper en temps asynchrone les réunions manquées, mais également de s’assurer à froid de l’avancement du questionnement des participants dans la compréhension de la dynamique en cours.

Le design de la recherche vise plusieurs enjeux :

-        Questionner l’actualité des 5 disciplines de Peter Senge (1991),

-        Cartographier des pratiques en cours dans les organisations dans une forme de livrable appelée « matrice »,

-        Fédérer les membres de S.O.L France autour d’un projet de recherche mené en intelligence collective.

Le projet de recherche est une enquête sociologique. Elle cible le recueil d’expériences d’individus acteurs de l’organisation et non des dirigeants déclarant les pratiques idéales d’un  point de vue abstrait. Dans le design retenu, l’expression « organisation » désigne non pas toute l’entreprise, mais, une équipe, un service, une direction avec des frontières organisationnelles identifiables. En effet, apprend-on véritablement de la même façon dans une organisation rassemblant plusieurs milliers de personnes et dans des métiers diversifiés? Anne Muller (2014) étudiant les conditions de l’apprenance dans un hôpital observe plutôt un “archipel d’ilots apprenants” :

Les établissements de santé ne correspondent pas à une organisation apprenante à part entière, mais plutôt, un ensemble d’îlots plus apprenants que d’autres. Ainsi la notion d’ilots apprenants apparaît elle, comme étant des services-espaces délimités et circonscrits qui proposent ou mettent à disposition des ressources, des situations potentielles d’apprentissage. Celles-ci sont perçues comme plus ou moins apprenante, puisque dépendante de la perception de l’acteur lui-même

Le critère de construction de l’échantillon retenu est celui d’un ensemble humain ou les individus interagissent et se connaissent pour un même objet de travail avec un maximum de 200 personnes qui selon Dunbar (1992) est l’espace possible d’interconnaissance mutuelle. Cette précaution évite d’inférer des recueils de pratiques locales à toute une entreprise.

Le projet de recherche se décline, selon les principes de la grounded theory (Glaser 1992) avec une approche inductive partant du recueil de données du « chercheur collectif » et prenant compte de leur remarque et de leur analyse, tout au long de la construction et de la mise en œuvre de la recherche.

Un « conseil scientifique » réunissant des chercheurs plus expérimentés docteurs ou maître de conférences de l’université de Nanterre, s’assure des angles morts du pilotage de la recherche et des choix aux grandes étapes clés. Il vérifie lors des étapes clés la pertinence du processus d’objectivation.

La recherche est organisée en phase étalée sur un an et demi 

 

Figure 1: Calendrier de la recherche S.O.L France

Le tableau ci-après présente le détail du déroulé de la recherche ses étapes et ses livrables intermédiaires.

Phase

Description de l’étape

Livrables

1 Cadrage

Réunion Conseil Administration S.O.L

Réunion du cercle de chercheurs

Cadrage de la demande et des attendus. Rappel au commanditaire de la possibilité de réfutation selon Karl Popper (1985 [1966]) : « à quoi voit-on que la matrice produite répond aux attentes de légitimation scientifique ? »

.

Production d’un canevas de recherche et validation des hypothèses proposées ci-après. Détail des hypothèses, et plan d’action sur un an ½ avec les différents partenaires impliqués Revue de littérature sur ce qui a été produit scientifiquement à partir des travaux de Senge[1]

2 Constitution du chercheur collectif et création de son enveloppe culturelle commune

Création et formation du « chercheur-collectif »,  et outillage pour mener des entretiens

A l’occasion de 7 réunions le chercheur collectif se constitue une « enveloppe culturelle commune » de l’investigation et identifie, le cadre théorique, l’actualité de la recherche, les questions clés à poser, la posture à adopter dans un entretien sociologique, et se représente la collecte du matériau, enregistrement, ou retranscription.

Grille d’entretiens semi-directifs

Appui méthodologique à la retranscription d’entretiens

 

3 Echantillonnage et collecte des données

 

Création d’un échantillon d’organisations représentatives auprès desquelles mener des entretiens exploratoires (30 à 50 organisations). Ces critères sont coélaborés par le chercheur collectif sur l’idée d’obtenir lors des entretiens un « effet de saturation », c’est-à-dire une redondance dans les expressions et les situations qui démontrent un début de concordance entre les hypothèses et l’objet de la recherche. Si l’échantillon est trop large l’effet de saturation sera plus difficile à obtenir s’il est trop pauvre l’enquête portera une faible signification et sera peu généralisable.

Les critères retenus sont :  taille d’entreprise, d’activité, d’ancienneté, de fonction « knowledge management », d’existence d’université d’entreprise interne sont examinés.

Critères de qualification de l’échantillon d’organisation

 

4 Collecte et organisation de données qualitatives et quantitative

Entretiens de qualification du questionnaire.

-        Temps 1 : version béta sur l’intelligibilité des questions

-        Temps 2 : le questionnaire est soumis à un interlocuteur en changeant d’angle de vue d’abord en tant qu’apprenant, puis en tant que dirigeant formation pour vérifier la pertinence de la cible et de l’angle

1 Expliquer : Le dépouillement des entretiens permet progressivement d’établir une matrice en faisant évoluer le brouillon initial. Par apport des entretiens successifs, l’outil de cartographie évolue. Il s’agit ici d’expliquer.

2 Comprendre :Analyse et identification d’un faisceau d’indices sur la place des méthodes dans les transformations organisationnelles. Un travail analytique est mené sur les matériaux mis en forme. Il s’agit ici de comprendre. Le cas échéant de poser de nouvelles hypothèses

Qualification du guide d’entretien

Construction de la matrice par itération avec les entretiens

Repérage des champs lexicaux avec Iramuteq

6 Formalisation des livrables et rédaction d’un ouvrage collaboratif

La recherche réalisée est mise en forme et fait l’objet d’une publication dans un journal de recherche

La rédaction d’un ouvrage de capitalisation est planifiée pour rendre compte de cette aventure d’un chercheur collectif

L’écriture collective des différentes parties prenantes. Ce sprint d’écriture est organisé en résidentiel avec les membres du chercheur collectif selon la méthode du Libérathon[2]

Relecture de compléments et correction d’édition sont nécessaire pour 3 à 4 relecteurs pour finaliser le travail

Rédaction d’une publication de recherche + communication sur les réseaux et événementiel (fait partie du livrable). Rédaction d’un livre blanc 120 à 150 pages par les consultants chercheurs

Figure 2 :  Design de la recherche S.O.L France

Tout au long du processus, les participants du chercheur collectif sont invités à tenir à jour un « cahier du chercheur »[3] et à noter leurs apprentissages, leurs questions, leurs intuitions et leur prise de distance sur ce qu’ils vivent et apprennent. Le chercheur collectif organise également des temps de réflexivité collective qui lui permet de prendre conscience des moments clés de construction d’un objet de recherche et le faire évoluer en objet  « approché », « construit » et « effectué » (Bourdieu,  Chamboredon, Passeron, 2010).

Par ailleurs, le processus est aussi mis sous observation. Un sociologue extérieur au collectif assure des rencontres et des entretiens enregistrés avec les participants, à des étapes clés, pour comprendre comment fonctionne de l’intérieur le « chercheur collectif ». Ce regard « méta » vise à renseigner et consolider la démarche du « chercheur collectif » pour en montrer les effets formatifs et en affiner la méthode relativement à H3 organiser la recherche en équipe aide le « chercheur-collectif »  à mieux comprendre son objet d’études : « l’organisation apprenante ».

8 mois après le démarrage de la recherche il est impossible de statuer sur les 3 hypothèses H1 H2 H3. Les premiers indices relevés, notamment avec les enregistrements audios,  donnent cependant à voir une évolution du questionnement des membres du « chercheur-collectif » évoluant de questions pratiques à des questions épistémologiques.

3 Enseignement du design et de la dynamique de cette recherche

Cette recherche participe-elle ou produit-elle des dispositifs ? Quelles connaissances met-elle à jour ? Et au bénéfice de qui ?

Dans la situation, la recherche est imbriquée dans l’action et dans une multiplicité d’enjeux, des formateurs et consultants impliqués, de l’association qui se transforme, des organisations en crise. Il est difficile de percevoir ce qui est de l’ordre de l’action, de la formation et de l’explicitation sur les processus en train de se jouer.

Pourtant des effets variés sont perceptibles :

-        Les participants découvrent des environnements organisationnels avec un regard décalé, ils ont l’opportunité d’apprendre, de se positionner en posture de chercheur et d’étendre leur savoir-faire ;

-        Les observations réalisées apportent de nouvelles interrogations sur les organisations et les processus qui les traversent.

Le design de cette recherche joue de la porosité des intentions, des rôles d’acteurs, des dispositifs et des façons de poser les questions.

La conjonction de ces remarques montre que l’espace est bien une hybridation de deux types de préoccupations :

-        D’une part produire avec efficience,

-        D’autre part explorer et comprendre des phénomènes,

-        Et peut-être, enfin, cerner de bonnes questions et identifier des processus d’apprentissages reproductibles.

Dans le design de cette recherche, les ambiguïtés à lever et les dialogues associés sont la source même de questions fécondes et de la création de connaissances dans l’action. C’est une caractéristique du vivant de lever les ambiguïtés pour trouver la meilleure trajectoire. En effet, les praticiens sont enclins à se centrer rapidement sur les solutions. Les temps de détour sont difficiles à dégager pour ceux dont le moteur est d’aller droit vers les solutions. Les temps réflexifs intégrés par la recherche conduisent à se poser des questions sur le sens de l’action qui est en train de se dérouler et sur le statut des productions et des savoirs qui sont créés.

Quelle garantie de réfutabilité des résultats de la recherche-action ou recherche-intervention ?

La création de connaissances, la reproductibilité d’une expérience

La question essentielle est posée par Popper (1985 [1966]) pour lequel seul un savoir réfutable c’est-à-dire susceptible d’une expérimentation et d’une contradiction permet d’en vérifier la pertinence.

Or, cette recherche interpelle la façon usuelle de fabriquer de la connaissance et du sens que cette connaissance revêt. Le résultat attendu est moins au bénéfice du seul chercheur qui pourra s’exclamer seul dans son labo « eurêka », « j’ai compris ! ce que j’ai trouvé est fondé», mais, vise l’ensemble des acteurs en train de prendre du recul sur ce qu’ils vivent qui leur permet d’agir, là où ils se situent, dans leur milieu. Poursuivons l’adage « si l’on imagine pouvoir chercher seul, le peut-on vraiment sans les autres ? ». Les participants se saisissent des modèles en train de se dessiner avec eux et pas à leur propos, des méthodes, des outils et logiciels proposés. Ils sont moins des objets d’observation d’un tiers, que les sujets d’une expérience dont le volet recherche les concerne au plus haut point, puisqu’ils construisent socialement et collectivement un savoir théorique et pratique. Dans cette vision, les acteurs sont moins des objets que l’on observe dans un environnement, dont on cherche à maîtriser les variables, mais plus des éléments d’un milieu vivant riche d’opportunités, d’actions, d’apprentissages et de capitalisation.

Plutôt que de tourner autour « d’objet-valise » qui transporte des connaissances sans les imprégner au contexte et à leurs acteurs, la recherche est pensée autour “d’objet-frontière” (Trompette et Vinck 2009). Cet objet jouit en particulier d’une « flexibilité interprétative » (interpretative flexibility) lui permettant :

-        D’opérer comme support de traductions hétérogènes,

-        Comme dispositif d’intégration des savoirs,

-        Comme médiation dans les processus de coordination d’experts et de « non-experts ».

Toujours pour Trompette et Vinck (2009), l’objet frontière dispose aussi de dimensions qui permettent d’appréhender des parts invisibles de l’infrastructure car « l’objet-frontière » incorpore “un ensemble de conventions, de standards, de normes indexées à une communauté de pratiques”. La connaissance produite parce qu’elle circule (carnet d’enjeux et de recherche, retours d’observation, photos, article de recherche) disposerait de qualités d’engagement.

De quelle nature est la connaissance produite ? La connaissance ici construite est une connaissance intériorisée, subjective, distribuée dans et par un système d’acteurs. Elle est probablement valable dans le système en interaction. Elle échappe à l’idée d’un savoir holoptique extériorisable et appréhendable dans sa globalité, à tous les coups, puisque les conditions sociales de sa reproduction ne sont jamais identiques. Elle est un fruit partagé, un commun produit par tous et non réductible à l’analyse du seul chercheur officiel. Le savoir qui se compose est celui des questions à se poser. Cette approche apprend à se poser des questions.

Ce qui est mis en dialogue se sont les processus dynamiques enclenchés dans un système d’acteurs, bien au-delà d’une connaissance que l’on pourrait détourer et extraire d’un réel figé comme une pièce de puzzle statique. L’image du puzzle nous fait comprendre que la connaissance en formation des adultes peine à être une pièce qu’il suffirait d‘assembler à d’autres pour obtenir un gabarit standard. A chaque fois que le chercheur s’efforce de décrire et expliquer la pièce isolée, il peine à comprendre la richesse de ce qui se produit. Il croit se saisir du réel et augmenter un savoir-stock, quand bien-même le savoir aussi intriqué, dans ce que nous nommons un écosystème, est un savoir-flux distribué et vivant.

La question de l’objectivation de la recherche

Cette analyse aborde donc un enjeu important dans un travail de terrain : la subjectivité. Nietzsche (1887) le dit ;

« Il n’existe qu’une vision perspective, il n’y a qu’une « connaissance » perspective ; et plus notre état affectif entre en jeu vis-à-vis d’une chose, plus nous avons d’yeux, d’yeux différents pour cette chose, et plus sera complète notre « notion » de cette chose, notre « objectivité ».

L’observation mène à la connaissance, elle est une perspective du moment historique et de la position sociale. L’objectivité selon Nietzsche, c’est la confrontation de multiples subjectivités. Cette recherche de l’objectivation de la connaissance traverse les sciences humaines et la sociologie :

-        Bourdieu dès 1978 énonçait la nécessité dans une “objectivation participante pour le chercheur de mettre tout à plat avec les participants eux-mêmes considérés non en tant que simplement objet mais “maîtres et possesseurs de la nature sociale”, le chercheur, non pas en surplomb d’une situation qu’il entend expliquer et maîtrisant un langage savant, mais intriquée à elle, notamment par le corps, la parole et les croyances. Bourdieu évoque un “intellectuel collectif”, capable de faire preuve de réflexivité sur ce qu’il vit. Cette proposition est finalisée dans l’ouvrage “La misère du monde” (Bourdieu et al ; 1993) ou les participants sont formés à l’enquête sociologique et « l’interrogateur ne peut davantage oublier qu’en objectivant l’interrogé il s’objective lui-même » (Bourdieu, 1993, p. 908).

-        Latour (2014 [2005]) modélise dans sa théorie de l‘acteur réseau qui rejette les positions rationalistes ou un prétendu réalisme et valorise ce qui fait le social, c'est «l’association», la formation de « collectifs » et l'ensemble des relations et les médiations qui les font tenir ensemble. La théorie de l’acteur réseau va encore plus loin, car elle décloisonne ce qui était jadis séparé entre humain et non humain. La théorie développe une vue sur ce qui fabrique un fait scientifique comme des opérations de traduction (Serres 1974) pour rendre le réseau intelligible, des controverses, de l’entre définition et un principe de symétrie

-         Fassin (2011) désigne une perspective critique ou ethnographie critique. Il reprend cet argument pour signifier l’impossible objectivité. Il évoque une objectivation qui prendrait en compte toutes ces perspectives subjectives en les situant, pour marquer leurs significations.

Quel que soit le courant sociologique d’objectivation pris en référence, c‘est l’approche dialogique qui semble former le plus petit commun dominateur. Dans la recherche énoncée, il y a un effort constant de dire comment la recherche opère, de capitaliser sur ce qui se produit ou ne se produit pas.

Quelle montée en généralité des résultats de la recherche ?

Les conditions de la généralisation

Ce qui est valable dans un contexte situé, l’est-il en règle générale ?

Dans cette recherche, l’hypothèse de départ pointe le présupposé de l’efficience d’un « apprendre ensemble » dans un milieu qui se coconstruit et les méthodes d’intervention et les modèles d’analyse s’affinent dans l’action et les espaces de dialogue.

Dans le design de cette recherche, le parti pris est de mettre en symétrie le mode de l’intervention à l’objet. Rappelons qu’il s’agit d’examiner les processus spécifiques aux organisations apprenantes à partir des 5 disciplines identifiées par Peter Senge (vision, modèles mentaux, pensée systémique, apprendre en équipe, discipline personnelle). Comment prétendre que les organisations apprennent ? La création d’un « chercheur collectif » amené à se projeter collégialement dans l’action s’inscrit dans un courant de recherche collective, car, il s’agit moins de former aux approches sociologiques 32 collecteurs de récit d’organisation, que de coconstruire avec eux un design de recherche, à partir de ce qu’ils sont, et de leur pouvoir d’agir. L’expérience en train de se partager vitalise le processus d’exploration. Puisque tout n’est pas écrit, alors je peux m’engager et contribuer plus avant. Je ne suis pas objet d’un processus qui me dépasse, mais, sujet de la connaissance que je coélabore.

L’apprendre ensemble caractéristique du niveau méso

Dans cette recherche, la dimension organique du processus de recherche est placée au cœur. C’est parce qu’il y a des zones de jeu qu’il est possible pour chacun de participer par son libre choix et d’apprendre « de » et « par » la recherche en s’auto dirigeant. C’est parce qu’il y a participation volontaire que la posture des parties prenantes se transforme. C’est enfin grâce à cette transformation individuelle, que la transformation du niveau méso a des chances d’opérer, puisque le savoir acquis est distribué au plus proche de là où il est utile. C’est l’apprendre ensemble dans un collectif qui est le point central et spécifique du niveau méso. La recherche à un niveau méso se pose dans cette perspective, avec une base critique et inclusive, puisque le chercheur ne saurait si facilement échapper au milieu qu’il prétend appréhender. S’il est consultant ou intervenant, il ne peut obérer qu’il a potentiellement en face de lui un futur client. Enfin, au fur et à mesure de l’expérience de recherche, un concept et ses méthodes prennent forme celui du « chercheur collectif » et celui de chercheur-facilitateur qui progressivement se modélisent, se perfectionnent et construisent leur utilité sociale.

La recherche de S.O.L France montre, d’une part, ce jeu de l’apprendre de l’individu dans son milieu et, d’autre part, met à jour les méthodologies spécifiques pour capter les déterminants de l’apprentissage à l’œuvre. Cette mise en abymes est un moyen de construire de la connaissance y compris sur les processus qui la génère à partir de l’action jusqu’à remonter à la construction d’une épistémologie.



[1] Une revue des références et production d’auteurs Français et anglosaxons pour la période allant de 1980 à 2020 a été réalisée mais non publiée. Elle est centrée sur les définitions et caractéristiques prêtées à l’organisation apprenante.

[3] Site d’animation du chercheur collectif en mode collaboratif wiki https://ferme.yeswiki.net/chercheurcollectif/?Accueil

Il y a une erreur de communication avec le serveur Booktype. Nous ne savons pas actuellement où est le problème.

Vous devriez rafraîchir la page.