Sites


SOL France - Organisation apprenante

Processus méso - L'apprenance collective

L'apprenance une disposition individuelle pour apprendre

Au niveau micro. l'apprenance est une disposition pour apprendre (Carré, 2005). C'est même une attitude mesurable qui s'efforce d'identifier un savoir, un vouloir et un pouvoir apprendre en amont de l'apprentissage. Selon le modèle  tri componentiel  de Rosenberg et al. (1960), cette attitude comporte des dimensions cognitive, conative et affective. Elle est observable au niveau d'un individu au regard de son expérience d'apprentissage (Jore, 2012. Grasset, 2016). Même si l'attitude se distingue de l'acte lui-même,  elle explique une partie des comportements et des passages à l'acte. Autrement dit, l’individu peut déclarer aimer apprendre  sans s'investir pour autant dans un apprentissage. Mais, si la mesure de son attitude d’apprenance est élevée alors l’engagement dans une activité d’apprentissage a plus de chance d’aboutir. Même si elle ne garantit pas un comportement associé systématiquement, l’attitude est un élément de prédiction des conduites qui vont suivre. C'est justement sur ce point que la question des attitudes collectives est intéressante, car elles pourraient favoriser un engagement individuel dans l'acte d’apprendre, par un effet d'entraînement de proche en proche. Se pose ici la question de l'apprenance collective ou attitude favorable à l’apprendre ensemble.

Une disposition collective pour apprendre

Au niveau méso je définis  l'apprenance collective  comme une disposition pour apprendre ensemble. Ainsi, apprendre ensemble est simultanément une pratique observable, par exemple un ensemble d’activité réalisées en vue d’apprendre, mais également une attitude partagée par un groupe. Si la pratique est visible et produit des traces, l'apprendre ensemble en tant qu'attitude, est un état d'esprit partagé, quoique moins spontanément repérable, car elle se passe dans la tête de chacun.

C'est l'état d'esprit convergent de plusieurs individus  qui prédispose le groupe et le prépare à l'action d'apprendre. Cet état d’esprit incite aussi chacun à  concéder du temps et de l'attention au groupe pour mener à bien un apprentissage qui accroît la capacité d'agir collective. Il fonctionne selon le principe de la co-action, ou stigmergie[1] (Grasse 1982, 1983, 1984), par lequel la présence d’autres personnes en présence en train d’apprendre incite à faire de même. Bandura (2007), évoque le modelage pour expliquer comment par imitation et réflexivité, un individu fait évoluer sa pratique pour la faire évoluer. Cet apprendre ensemble dépasse l'apprendre pour soi avec les autres ou à côté d'eux.  La définition de  Gordon Allport (réf.) propose une vision dynamique de la notion d'attitude   comme étant « un état mental et neuropsychologique de préparation de l'action, organisé à la suite de l'expérience et qui concerne une influence dynamique sur le comportement de l'individu vis-à-vis de tous les objets et de toutes les situations qui s'y rapportent". Les phénomènes de groupe et d'expérience collective  jouent un rôle essentiel dans cette influence pour installer des repères et des façons d'apprendre ensemble.

La littérature relève de nombreux points sur l'attitude de groupe favorable à l'apprenance collective ou apprendre ensemble tels que :

- apprendre à l'autre, de l'autre et avec l'autre, le modelage présenté par Bandura (2007)
- clarté des buts collectifs pour apprendre (Collectif individuellement motivé, Heutte, 2011)
- soutien mutuel et solidarité

- réciprocité éducative (Labelle 1996)
- la part de l’autre dans la formation de soi  (Eneau, 2005)
- bienveillance et cadre protecteur (Anzieu, 1975)
- inclusion et place de chacun dans l'apprentissage, pairagogie (Cristol, 2017)
- co-construction des savoirs knowledge building (Scardamalia et  Beireter, 1994)
- succès collectif
- sentiment d'efficacité collective (Bandura 2007, Méthot 2017)
- créativité et sensation de vivre un flow ou une expérience optimale (Csikszentmihalyi, 1990)

 - plaisir d'apprendre

Je nomme cet ensemble de pratiques comme participant d'une sociodidaxie (Hermelin, 2001) et la posture des professionnels qui en accompagne le développement la facilitation (ref). Lorsque la grande majorité de ces composants  se rencontrent, j'évoque enfin la notion "d'expérience irréversible de coopération créative" qui s'inscrit dans l'esprit d'un individu et d'un groupe comme une représentation repère, une ressource psychosociale (REF) mobilisable ultérieurement pour apprendre ensemble. Ce « kairos » ou moment clé d’apprentissage serait l'inverse de l'impuissance apprise (Seligman, 1972). J’ai observé la manifestation de ce type d’expérience avec le chercheur collectif du CNFPT à l’occasion d’universités de l’innovation publique collaborative. (Cristol, 2019).

L'équipe apprenante

Un cas particulier de l'apprenance collective s'observe dans l'équipe apprenante.  Si l'apprenance collective se développe de façon lâche, informelle en réseau de proche en proche comme l'a montré Cyrot (2009), à l'occasion d'épisodes de sociabilités  autodidactiques, les chercheurs en comportements organisationnels pistent aussi son développement dans les entreprises pour accélérer leur adaptation. Il s'agit là d'un  projet porté par des  organisations ou des  associations pour développer une attitude collective afin d'apprendre ensemble. Cette attitude est incitée par  des choix d'organisation du travail par exemple par une diffusion du mode projet, ou par l'attribution d’objectif partagé entre plusieurs collaborateurs.  L'équipe apprenante et l'apprenance collective sont en effet soupçonnés de contribuer à l’intelligence  collective susceptible d'accélérer la résolution de problèmes. Plusieurs processus contribuent à renforcer l'efficience des équipes  apprenantes :

-        encouragements managériaux aux groupes ou équipes de travail
renforcement et célébration ďune culture de groupe,

-        rituels collectifs,

-        formation et renforcement de pratiques visant la cohésion (team building ou team développement),

-        soutien aux attitudes collaboratives des leaders (leadership transitionnel ou leadership partage) et followers (haute qualité relationnelle en groupe),

-        animation de réseaux sociaux permettant des partages d'idées, de pratiques et de ressources,

-        outillage numérique et base de données favorisant la mémoire transactive (Michinov, Michinov 2013),

-        mise en place d’un management des connaissances .

L’apprenance collective soutient l’entrée dans un démarche d’apprentissage. Elle suscite par la friction avec les autres des idées et des imaginaires valorisant  l’envie d’apprendre, elle accueille des émergences des découvertes. Elle facilite d'auto-direction des apprentissages. Elle renforce une posture apprenante individuelle mais surtout collective en soutenant le partage de pratiques d’autoformation (sociodidaxie). Par les réussite qu’elle autorise, elle favorise l'empouvoirement collectif.

 

 



[1] Stygmergie : ou coaction. Processus d’entraînement collectif des fourmis ou des insectes sociaux qui progressent dans une œuvre commune et s’entraînent mutuellement en la menant à bien (Grasset, 1982, 1983, 1984). Ce phénomène est observable dans les groupes humains, notamment sur les réseaux sociaux à l’occasion de la réalisation de tâches collaboratives.

Il y a une erreur de communication avec le serveur Booktype. Nous ne savons pas actuellement où est le problème.

Vous devriez rafraîchir la page.